Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/258

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histoire des églises et chapelles de lyon

Au grand séminaire, il médita profondément sur l’esprit de pauvreté. « Je veux être un pauvre du roi de la pauvreté, Jésus-Christ ; je veux montrer que Dieu seul a pu être pauvre au point de tourner le monde à la pauvreté. » Il ne se borna point à l’expression de ce précepte ; il lit mieux encore, et régla sur lui toute sa vie intérieure. On vit des pécheurs repentis par son seul aspect. Prêtre, la providence le jeta en plein milieu de l’apostolat qui convenait à sa vocation, dans la pauvre paroisse Saint-André, la troisième fille de Saint-Louis de la Guillotière. « Je suis à mon affaire », dit-il à son curé, M. Barjot, homme de devoir, bon et franc, quand il eût visité les sept kilomètres carrés confiés à son zèle et qui comprenaient, avec la paroisse actuelle, celle de Notre-Dame-des-Rivières et une notable partie de celle de l’Immaculée -Conception, plus les îles et canaux qui touchaient à Saint-Fons. Il serait trop long d’indiquer ici tous les prodiges qu’il accomplit dans ce quartier d’indigents.

Mgr Guillermin, vicaire apostolique du Nyanza, ancien élève du Prado.

Cela, d’abord, ne marcha point tout seul. Il se singularisait, et eut à subir, par conséquent, les blâmes muets de la routine. Le peuple, lui, l’appela l’ange du catéchisme, lange du chevet des malades, l’ange des victimes du cabaret, l’ange héroïque qui, pendant les inondations de 1856, sauva des vies au péril de ses jours, à tel point que le vœu de tous souhaita pour lui la croix de la Légion d’honneur, qu’il refusa indigné. Il n’était du reste pas encore satisfait de son existence, parce qu’il se sentait armé pour soulager des misères plus profondes.

Quelques mois après l’inondation, se rendant au centre de la ville, il rencontra, sur le pont de la Guillotière, un de ses amis du séminaire, l’abbé Giraudier, qui marchait à grandes et vives enjambées. Il l’interrogea : « Je vais, répondit Giraudier, à la cité de l’Enfant-Jésus que bâtit M. Rambaud ; venez avec moi. » Il suivit son confrère. À la cité, un jeune homme les reçut en pantalon gris, ample blouse bleue, ceinture noire, casquette plate et de grossières galoches aux pieds ; cet attirail de pauvreté volontaire ne dissimulait pas ses manières distinguées. C’était M. Rambaud, — depuis l’abbé Rambaud, — qui venait de prendre congé des espérances humaines afin de consacrer aux déshérités d’ici-bas sa fortune, mieux encore, sa personne. M. Rambaud avait fondé un asile pour les enfants arrachés à la détresse, à l’ignorance et aux influences de la rue. Après l’inondation, il avait recueilli des ménages d’ouvriers.

Dès qu’il entra dans ce palais des souffrances, l’abbé Chevrier y reconnut le lieu de son