Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/305

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monument des brotteaux

lition. Paralytique, il se faisait porter dans les rues, et frappant successivement d’un petit marteau les maisons de tous ceux qu’il déclarait contre-révolutionnaires, il prononçait ces paroles qu’on croirait à peine sorties de la bouche d’un homme dans un état complet de démence : « Maison rebelle, je te frappe au nom de la loi ». Aussitôt des ouvriers accouraient et se mettaient à démolir.

Monument des Brotteaux dit église des Martyrs ou des Capucins.

« Des torrents de sang inondèrent bientôt les décombres. Collot d’Herbois avait une vengeance particulière à exercer sur les Lyonnais, qui avaient eu le bon goût de le siffler dans le temps de sa carrière théâtrale ; aussi fut-il le plus atroce des brigands acharnés à leur perte. La commission temporaire chargée de juger militairement les contre-révolutionnaires, ou prétendus tels, ne put bientôt plus suffire à ses épouvantables travaux. « Nous expirons de fatigue, dirent-ils à Collot d’Herbois. — Républicains, leur répondit ce dernier, l’excès de vos travaux n’est pas à comparer à mes veilles. Brûlez du même feu que moi pour la patrie et vous recouvrerez de nouvelles forces ». Tout ce qui n’était pas renfermé dans les prisons se voyait forcé d’assister aux exécutions. Une troupe était payée pour crier : Vive la République ! à mesure que l’on frappait les victimes. Quiconque ne s’unissait pas à ses cris, était soudain condamné à mourir à son tour ou à être lié à l’échafaud, pour s’y voir couvert du sang de ceux que l’on exécutait.

« Il vint un moment où l’instrument ordinaire de mort parut à Collot d’Herbois ne pas suffire. Il faisait réunir les victimes sur une place publique, après les avoir attachées deux à deux, on tirait sur elles du canon chargé à mitraille. On essayait ensuite de tuer à coups de fusil ceux qui n’avaient été que blessés, et les infortunés qui avaient échappé à ce second genre de mort, attendaient, dans les tourments de l’agonie, qu’on vînt les achever à coups de sabres ou de baïonnettes. Après cette longue et horrible exécution, on jetait les cadavres dans le Rhône. En cinq mois, près de six mille personnes périrent. » Pendant que s’exécutait l’œuvre de boucherie, qu’un Néron n’eût pas désavouée, la Convention débaptisait la ville qui prenait, dans le sang et les larmes, le nom de « Commune-Affranchie ».

Lemaire commet une erreur : ce n’est point sur une place publique qu’eut lieu cette scène abominable, mais dans les terrains vagues de banlieue.

On conduisit aux Brotteaux plus de deux cents Lyonnais, liés les uns aux autres. Là ils furent massacrés à bout portant, à coups de canons chargés à mitraille, et la mousque-