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histoire des églises et chapelles de lyon

MISSIONNAIRES SAINT-JOSEPH

Jacques Crétenet, dont on va retracer ici la biographie, fut un maître de la vie intérieure ; et, pourtant, il n’a pas trouvé de digne historien parmi ses disciples qui, d’abord, s’appliquèrent à le continuer, puis se perdirent dans le jansénisme. Les annales de l’Église contiennent quelques exemples de cette destinée singulière où toute une vie de vertus, de labeurs et de sacrifices, apparaît écrasée, devant la mémoire des hommes, par l’œuvre même qu’elle avait construite.

Jacques Crétenet était le sixième fils de parents de modeste condition, François Crétenet et Guiette Tisserandis ; il naquit au bourg de Champlitte en Franche-Comté. Son instruction fut assez négligée dans son enfance, mais la facilité avec laquelle il apprit d’un de ses oncles, en très peu de temps, les rudiments de la grammaire, montre qu’il eût été aussi éminent par la science que par la piété s’il avait poursuivi ses éludes. On ignore par quelles conjonctures il quitta, jeune encore, le lieu de sa naissance : « Je sortis, raconte-t-il, de mon pays, à l’âge de quinze ans, sans argent et sans savoir où je devais m’établir, mais avec une grande confiance en Dieu, lequel ne m’a jamais abandonné. » Il s’arrêta à Langres où il apprit la chirurgie, puis s’achemina à Lyon où il arriva sans argent, et d’où il partit presque aussitôt pour se rendre à Grenoble. En route, il rencontra un pieux gentilhomme, le baron de la Roche, qui se sentit prévenu en sa faveur par son seul aspect, lui donna du travail sur ses terres, et le favorisa de plus en plus, en récompense de son zèle, de sa retenue, de sa prudence précoce et de ses bons exemples. Il le conduisit avec lui à son château d’Amnistie, entre Nîmes et Uzès, où le roi l’avait envoyé pour réprimer les Huguenots en révolte. Là, l’humilité de Crétenet eut à se défendre contre les marques répétées de respect et d’admiration qui venaient à lui de toutes parts ainsi que de l’affection d’une jeune fille de la meilleure famille du pays, affection qu’il n’était pas loin, au demeurant, de partager. « Tu te marieras, mais c’est une autre femme que la Providence te destine, » lui dit nettement une voix intérieure. Et en dépit de mille apparences, malgré les conseils des personnes les plus éclairées et les mieux disposées pour lui, il s’en alla. Telle fut la première manifestation du don de prescience que Dieu lui avait accordé.

De retour à Lyon, en 1628, il trouva ample matière à sa charité. La peste désolait la ville : un chirurgien le prit à son service, mais Crétenet ne demeura pas longtemps dans le logis de son maître, parce que celui-ci y gardait une fille de mauvaises mœurs. Il s’en fut, pour la troisième fois, droit devant lui, avec le calme et la simplicité d’un véritable aventurier de Jésus-Christ, s’employa de son mieux au soin des innombrables malades, et conserva la vie tandis que la mort guettait de toutes parts. Un jour qu’il passait dans une rue la tête penchée, les yeux baissés, selon sa coutume, il les releva un instant