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histoire des églises et chapelles de lyon

mateurs, et elle sut mettre, dans son intérêt, des religieux prévenus par les apparences d’une telle nouveauté. Sur ces entrefaites, mourut, en 1612, la mère Madeleine. Crétenet pria beaucoup avec ses confrères pour demandera Dieu un directeur ; il le trouva dans la personne du père Arnaud ; celui-ci souvent éloigné ou absorbé par les intérêts majeurs de son ordre, confiait volontiers à Crétenet les âmes que celui-ci lui avait adressées.

Jacques Crétenet fondateur des Missionnaires Saint-Joseph.

Le troupeau croissait ainsi, et se fortifiait de plus en plus ; le pasteur malgré lui dut le quitter quelques mois, pour se rendre à Paris, député par la compagnie des chirurgiens pour y poursuivre quelques procès qu’ils avaient au grand conseil : preuve que ses confrères ne tenaient pas ce mystique pour moins expert que d’autres dans les choses humaines. Le soin des procès n’occupa pas tellement ses instants qu’il n’y mêlât ses œuvres favorites. S’étant lié d’une étroite amitié avec un chirurgien de Paris très réputé, mais aussi violent qu’habile, il le rendit doux comme un agneau, de sorte que la famille du converti ne pouvait se lasser d’admirer ce changement vraiment extraordinaire. Il convertit aussi un président au grand conseil, malade et incrédule, et lui procura une mort édifiante, ce qui occasionna à Crétenet la connaissance de M. Olier. De retour à Lyon, il s’appliqua davantage encore à la formation de ses compagnons d’oraison, les prenant de préférence parmi les clercs et les prêtres. Un jour qu’il donnait à dîner à quelques-uns d’entre eux, dans sa maison, selon qu’il avait coutume de le faire, il s’y trouva un nouveau prêtre. On en vint à parler de la grande ignorance des peuples de la campagne et surtout du besoin d’instruction qui faisait défaut dans le village de Martignat en Bugey dont ce nouveau prêtre était natif. Crétenet releva de suite ce propos, et s’écria : « Il faudrait, Monsieur, que vous alliez dans votre village avec les prêtres ici présents, afin d’y instruire ces pauvres gens, et vous feriez une œuvre bien agréable à Dieu. » De ces mots naquit, on peut dire, la congrégation instituée plus tard selon les règles. Les prêtres, ainsi poussés, se résolurent avec joie et ardeur à exécuter ce dessein, dès les vacances venues. Crétenet néanmoins, toujours timide à se croire l’instrument de Dieu, tandis que le monde lui prêtait l’orgueil d’un novateur, leur conseilla de s’ouvrir de leur résolution à leurs professeurs de théologie, les Jésuites de Rhodes et de Saint-Rigaud, qui leur promirent de les aider de tout leur pouvoir. Au temps fixé pour commencer ce saint travail, ils obtinrent l’autorisation de M. Deville,