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histoire des églises et chapelles de lyon

à Lyon une juste célébrité. La population dépassant bientôt 20.000 âmes, il fallut diviser le territoire en de nouvelles églises. Le premier démembrement par la fondation de Saint-Charles de Serin, en faveur des riverains de la Saône, qui étaient, de fait, les plus éloignés de Saint-Denis, date de 1824. Mais les habitants du cours d’Herbouville et des rues situées vers le versant oriental ne tardèrent pas à trouver aussi que trop de distance les séparait de Saint-Denis, outre qu’il fallait, pour y venir, gravir les pentes escarpées de la montée Rey, de la montée du Boulevard ou des Gloriettes, la montée Bonnafous n’existant pas encore.

MM. Cabias, maire, Peysselon, adjoint, Sandier, Dugas, Pallière, Dallemagne, Picquet, firent des démarches afin d’obtenir l’érection d’une troisième paroisse pour la Croix-Rousse. De concert avec les principaux propriétaires et sans autre délai, ils se mirent à édifier une église près de la place de la Boucle. Le 7 avril 1840, M. Peysselon écrivit à Mgr de Pins, évêque d’Amasie et administrateur apostolique du diocèse de Lyon, lui demandant un curé. Sa Grandeur ne fil pas attendre sa réponse et, dès le 14, nomma un prêtre en qui il avait toute confiance, son aumônier particulier, M. Benoît-Honoré Giroud, né à Lyon, en 1800, et déjà chanoine d’honneur de la primatiale. Le 19 avril, jour de Pâques, M. Giroud bénit l’édifice, aussitôt envahi par une foule recueillie. Les autorités civiles étaient au complet. La grand’messe fut célébrée avec des ornements d’emprunt sur un autel improvisé ; la musique militaire suppléa aux chantres. Le grand séminaire avait député quatre clercs, pour officier plus solennellement. Mmes Bertrand-Arnoux et Gamot-Bianchi firent une quête employée à l’achat d’un premier ornement qui servit le dimanche suivant. Par une généreuse émulation, les notables s’empressèrent de fournir les objets les plus indispensables : calice, ostensoir, chandeliers, chasubles, aubes, rochets, surplis, enfin des confessionnaux et des chaises. Citons parmi ces bienfaiteurs, MM. Dugas, Sandier, Pallière, Picquet, Oulevey, Fougasse, Bertrand, Ochs, Philippe.

Mgr de Pins avait choisi pour patron de la nouvelle église saint Eucher, lequel n’avait patronné jusque là, au moyen âge, que la recluserie de Fourvière. Il était réservé à notre âge de réparer ainsi envers ce docte et grand évêque de Lyon, comme envers saint Pothin, l’indifférence des siècles précédents. Aussi bien quelques mots de biographie sur ce prélat ne seront point superflus. Certains des faits qu’on va lire sont douteux, contestés et attribués à un autre personnage du même nom d’Eucher, mais comme ce n’est point ici le lieu d’engager des discussions historiques, il suffira de rapporter la légende telle qu’on la trouve communément relatée par les historiens.

Eucher naquit en Provence, vers la fin du ive siècle ; fils d’un sénateur, sénateur lui-même, il joua un rôle important au milieu des bouleversements de l’empire. Il possédait d’immenses domaines sur les bords de la Méditerranée, en face des îles de Lérins ; il épousa la noble patricienne Galla, aussi riche en vertus qu’en biens de ce monde, et en eut deux fils, Salonius et Véran, devenus plus tard tous deux évêques, et deux filles, Tullia et Consorce, dont l’église a conservé la mémoire dans le calendrier. Quand il eut achevé d’instruire ses enfants, il se résolut, d’accord avec sa femme, à quitter le monde et à