Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/381

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incurables

Ce sage programme de piété et d’humilité, où la présomption n’avait pas de part, fut béni de Dieu. Mille industries ingénieuses augmentèrent les ressources d’Adélaïde : en voici une, par exemple, qui ne manquait pas d’originalité. Elle lançait des invitations à travailler pour les pauvres ; les jeunes filles, par curiosité d’abord, puis par une joie intérieure qu’elles ne cachaient pas se mettaient autour des tables à ouvrages ; enfin, lorsque tricots, gilets, couvertures s’amoncelaient et que les pauvres de la paroisse étaient pourvus, mademoiselle Perrin retenait timidement trois couvertures de laine pour ses incurables : on sut alors où elle prétendait mener ses invitées.

Adélaïde Perrin, fondatrice de l’œuvre des Incurables.

Il faudrait un volume pour raconter les péripéties, les ébranlements perpétuels de l’œuvre des Incurables, même longtemps après qu’il eut semblé à Adélaïde que l’avenir en était à peu près assuré. La bonne dame aux miracles, comme l’appelaient en riant ses amies, ne perdait jamais l’espoir, mais son caractère demeuré très vif, et sa santé redevenue faible, souffraient beaucoup de ces alternatives et de ces épreuves. Elle dut, sur ces entrefaites, quitter ses chères incurables, les confier à la garde de sa meilleure assistante, pour aller à la campagne soigner sa mère qui ne tarda pas à mourir. Or, une nuit, au chevet du lit de la malade, elle eut un songe qu’elle relate simplement : « Je vis un grand nombre de mes incurables réunies dans un grand local, et soignées par des sœurs de l’ordre de Saint-Joseph, lesquelles me firent entrer dans une chapelle, puis me montrèrent des caves, des greniers où elles avaient d’amples provisions ».

Vingt ans après cette vision prophétique, il ne restait plus rien à en réaliser : une maison spacieuse contenait cent douze hôtes de la souffrance , les Sœurs Saint-Joseph donnaient leurs soins aux jeunes incurables, et il y avait le nécessaire dans les caves et les greniers. Durant la seconde partie de sa vie, Mlle Perrin connut les prémices de la prospérité. Dès 1825, année où fut composé le conseil d’administration sous la présidence de la fondatrice, l’œuvre se développa rapidement. En 1826, M. de Lacroix-Laval, maire de Lyon, reçut, en faveur des jeunes incurables, la souscription de madame la dauphine ; l’année suivante tous les princes imitèrent ce noble exemple : en 1832, le conseil municipal obtint pour cet établissement la reconnaissance d’utilité publique, et lui alloua une annuité de mille francs.

À la mort de Mlle Adélaïde on comptait cinquante jeunes filles incurables ; en 1839 soixante-cinq. En 1840, le roi et les princes firent une abondante souscription, exemple qui, en 1842, fut suivi par le cardinal de Bonald, le préfet, le maire, le receveur général et nombre de personnes généreuses de Lyon. Cependant le nombre des malades admises croissait proportionnellement à celui des subventions : on en comptait cent en 1844, cent dix en 1831 ; lorsque le ministre de l’intérieur eut appliqué aux incurables