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histoire des églises et chapelles de lyon

RELIGIEUSES DE JÉSUS-MARIE

La grande Révolution avait, ou le sait, produit un bouleversement complet aussi bien dans l’ordre religieux que dans l’ordre politique. Le doute et l’impiété s’étaient glissés peu à peu dans l’esprit du peuple privé pendant plusieurs années d’éducation religieuse. Aussi, dès que le calme fut rétabli, vit-on des personnes de dévouement s’occuper à remédier à cet état d’esprit, en cherchant à assurer à la société où elles vivaient le bienfait d’une instruction chrétienne. C’est dans ce but de régénération sociale que se formèrent diverses associations, et particulièrement celle qui, dans la suite, prit le nom de Congrégation de Jésus et de Marie. Quelques détails sur la personne qui devait jouer un rôle important dans la fondation de cet institut ne seront pas ici sans intérêt : ils permettront de remonter à l’origine de la congrégation et d’en suivre les premiers développements.

Mlle Claudine Thévenet naquit à Lyon, le 30 mars 1774, d’une famille riche et honorable de négociants en soieries. Ses parents furent cruellement éprouvés dans les désordres révolutionnaires : on sait, en effet, que Lyon révolté contre les excès de la Convention, fut entouré d’une armée de 60.000 Jacobins, et qu’après un siège héroïque, il fallut céder au nombre. Maîtres de la ville, les révolutionnaires se vengèrent en pratiquant les fusillades en nombre, dont furent victimes deux frères de Claudine Thévenel. Celle-ci, loin de concevoir pour la populace un ressentiment certes bien justifié, ne songea qu’à soulager les misères physiques et surtout morales des pauvres qui l’entouraient ; elle se prit à les instruire et à leur apprendre à supporter les peines, bien mieux à les ennoblir par la pensée de Dieu et du devoir. Des amies de Claudine Thévenet suivirent son exemple, et toutes s’efforcèrent de soulager les misères qu’elles rencontraient. De temps à à autre elles se réunissaient pour se concerter sur les moyens à prendre pour mieux atteindre le but proposé. Les principales collaboratrices de l’œuvre étaient, en plus de Mlle Thévenet, Catherine Laporte, Clotilde Revel, Victoire Ramié et Pauline-Marie Jaricot, future fondatrice de la Propagation de la foi. Elles s’étaient mises sous la direction du prêtre zélé dont il a été question plus haut, l’abbé Coindre, qui, de son côté, poursuivait le même but social et chrétien. Toutefois, il comprit vite que pour mener à bien une telle entreprise et lui faire produire des fruits abondants, il était nécessaire de se réunir, au lieu de travailler isolément comme on l’avait fait jusque-là. Sur sa proposition, on décida de fonder une petite maison ou providence où on recueillerait quelques enfants, pour les instruire religieusement et leur apprendre un métier. Des cellules furent louées dans l’ancien cloître des Chartreux ; on reçut quelques enfants et on établit un atelier de fleurs artificielles, destiné à occuper les heures libres, et à subvenir aux frais d’entretien. Les fondatrices de l’œuvre ne pouvaient malheureusement pas s’en occuper d’une manière assidue ; elles appartenaient encore à leur famille et devaient se soumettre à certaines exi-