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notre-dame de fourvière

dans la muraille du couchant. Un prêtre perpétuel de Saint-Nizier, M. Duvernay, paye cinquante-sept écus les réparations aux deux autels. Une dévote chrétienne commande toute une décoration au sculpteur Michel Meynier, l’ouvrier taille en bois des nuées au-dessous de la niche, groupe autour quatorze tètes de chérubins, deux grands anges de chaque côté et, aux extrémités, sur deux piédestaux, il représente saint Jean-Baptiste, tenant son agneau et sa bannière, et saint Joseph, un lys à la main. On accepte de M. Séjourneau une balustrade en fer ouvré de sept pieds et demi de hauteur ; Jal, serrurier, en exécute le dessin et la forge. Le 6 décembre 1695, on reçoit deux couronnes d’or massif pour la Vierge et l’enfant Jésus ; elles pèsent 9 onces 12 deniers, et sortent de l’atelier d’Alexandre, orfèvre. Les donatrices sont deux veuves, MMe Tricaud et MMe Croppet, sa fille. À l’aspect d’objets de ce prix, les chanoines, qui avaient envoyé, deux ans auparavant, l’argenterie de leur sacristie à la monnaie et n’en avaient tiré que 240 livres 9 sols, s’émerveillent et laissent naïvement échapper la crainte d’être volés, car disent-ils, « les portes ne ferment pas bien ». Depuis quelque temps cependant, depuis le 15 avril 1681, la collégiale était ornée d’un chef-d’œuvre, plus intéressant à conserver que cette joaillerie, à quelque valeur qu’elle fût estimée. Nous voulons parler de la fameuse Annonciation d’Antoine Bousonnet-Stella, pensionnaire du roi au Louvre, le troisième d’une dynastie illustre, dont plusieurs de nos églises, notamment Saint-Bonaventure, possédaient d’intéressantes toiles. En peignant ce tableau et en le destinant à Fourvière, l’artiste avait cédé aux instances de sa sœur aînée, Claudine Bousonnet ; le chapitre leur vota, à l’un et à l’autre, une lettre de remerciement et il confia la plume au chanoine A. Sève, qui se vantait de n’avoir pas été étranger à la négociation de cette bonne aubaine.

La première médaille de Fourvière gravée en 1705.

Nous craindrions toutefois de fatiguer l’attention du lecteur, si nous poussions jusqu’au bout la nomenclature de ces offrandes, de ces aumônes de toute nature et de toute provenance, manuelles ou foncières, riches ou médiocres, princières ou bourgeoises. Passons, sans nous y arrêter plus longtemps, au récit de la reconstruction de la chapelle, le fait saillant du xviiie siècle.

L’insuffisance de l’antique enceinte apparaissait, chaque jour, plus sensible et plus incommodante ; il fallait nécessairement remédier à cet encombrement croissant de la multitude, si nuisible à la piété et au recueillement. Le sacristain-curé arrêta dans son esprit les projets d’agrandissement, longtemps débattus, et prit des mesures pour n’être pas contredit ou retardé. Avant de le voir à l’œuvre, il ne sera pas hors de propos de prendre une connaissance sommaire de ses origines et de son caractère.

Né à Saint-Étienne, en Forez, le 15 décembre 1701, d’une famille dont plusieurs générations avaient possédé la direction de la manufacture des armes royales, fils de Jean-Louis Carrier, colonel de la bourgeoisie de la ville, et de Madeleine Dignaron, il avait de bonne heure tourné ses regards et ses études vers l’état ecclésiastique, et il avait obtenu en Sor-