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histoire des églises et chapelles de lyon

Immaculée ! Cependant pour les terroristes et les sectaires de la déesse Raison, tout christianisme, même le plus épuré d’orthodoxie, devait être aboli. Il y fut procédé, sans retard, dès que les commissaires de la Convention, Fouché et Collot d’Herbois, furent rentrés dans Lyon, avec l’armée assiégeante. L’apothéose de Chalier coïncide avec la désaffectation des églises et la proscription de tout acte et de tout symbole religieux. Notre-Dame de Fourvière subit le sort commun ; elle demeura absolument close jusqu’au jour où MMe Besson y pénétra, les clés de propriétaire à la main.

La vente de l’église de Fourvière fut arrêtée en conséquence de la loi du 28 ventôse an IV (18 mars 1796), affectant 1.800 millions de biens nationaux aux dépenses publiques. Le Directoire du département du Rhône proposa immédiatement au marché la plupart des édifices religieux, qui avaient été épargnés jusque là. Mme Besson se présenta, dès le 4 prairial, et le contrat fut signé, par devant le commissaire délégué, le 23 messidor an IV (11 juillet 1796), au prix de 29.880 francs. Ce chiffre avait été déterminé par les deux architectes, Joffroy et Gros, dans leur procès-verbal d’expertise du 26 mai précédent ; de part et d’autre, il ne fut élevé contre lui aucune objection.

L’immeuble de la nation, qui passait ainsi à la condition juridique de propriété privée, était décrit dans les termes suivants :

« Cy devant Église et Chapelle de Fourvière et ses dépendances, un Escalier en pierre à vis à noyau à l’orient, un porche au bout de l’église paroissiale, trois sacristies et un clocher.

« De ces église et chapelle dépendent une sacristie située au chevet de ladite Chapelle, une pièce au-dessus, acheminée, prenant entrée par le susdit escalier et ses jours par des croisées à l’orient et au midi, d’une autre pièce au-dessus avec mêmes entrée et jours, se terminant par un toit à quatre égouts, d’un clocher avec sa charpente en Beffroy, d’un Belvéder, d’un escalier en bois à vis à noyau qui dessert ledit clocher et Belveder et lequel escalier a son entrée par l’église. »

Une fois maîtresse des lieux, qui ne paraissent avoir souffert aucune dégradation appréciable, d’après la désignation même des objets cédés, Mme Ennemond Besson, de son nom patronymique Élisabeth Rivoiron, songea à restaurer le culte et la dévotion de Notre-Dame. Malheureusement elle s’adressa à des prêtres jureurs et, en particulier, à un ex-capucin du Petit-Forêt, Jacques Rousset, dit l’Illuminé, réfugié sur la colline, qui, de son propre chef, sans réconciliation préalable ni du sanctuaire, ni de sa conscience, essaya de rétablir le pèlerinage. Les catholiques, demeurés fidèles au Saint-Siège et aux vicaires généraux de Mgr de Marbeuf, se détournèrent avec douleur de ces manifestations schismatiques ; mais la papesse, comme M. Besson, ancien fabricant d’étoffes de soie, un peu affaibli par l’âge, se plaisait à appeler sa femme, ne céda ni devant la réprobation des uns, ni devant les plaisanteries sarcastiques des autres. Le Concordat ne la réconcilia pas davantage avec l’orthodoxie et le cardinal Fesch, désireux de mettre une fin à des scandales qui avaient trop duré, frappa d’interdit la chapelle, et demanda qu’elle fut fermée par mesure de police. La lettre par laquelle Son Éminence avertissait le commissaire général, Dubois, de sa résolution, est datée du 31 janvier 1803, un mois après la prise de possession de l’archevêché.