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histoire des églises et chapelles de Lyon

Elles auraient agi, à écouter certaines gens intéressées par leur vanité à parler de la sorte, avec une précipitation peu loyale, et leur secrète envie de s’établir aurait dérangé d’autres plans officiels, plus conformes aux traditions et aux usages du passé. La vérité est juste le contre-pied de telles insinuations. Nous avons en main, dans plusieurs lettres du cardinal Fesch à M. l’abbé Courbon, l’homme de sa confiance, la preuve évidente, incontestable, que les Carmélites et leurs protecteurs s’étaient munis, avant d’entrer en campagne, de toutes les approbations désirables, que leur dessein de se transformer en gardiennes du sanctuaire, si cher à la population lyonnaise, après comme avant la Révolution, avait été soumis à l’autorité ecclésiastique, loué et encouragé par elle et qu’enfin l’archevêque avait de sa plume, élaboré les conditions d’un véritable traité, qui sauvegardait le respect dû à la clôture monacale et les facilités à donner aux visiteurs. La délicatesse et l’empressement au contraire, qu’elles n’hésitèrent pas à montrer, en cédant leurs droits très légitimes, et en se retirant à la demande, qui leur en était adressée, rendent, à notre avis, cet acte plus méritoire et leur désintéressement presque héroïque.

Il parut, en effet, beaucoup plus en harmonie avec les souvenirs et les habitudes d’autrefois, que l’autel tutélaire de la cité de Plancus et de Pothin n’appartînt pas à une communauté particulière ; qu’il fût plutôt un bien général et qu’il eût, pour le desservir, le clergé diocésain. L’idée fit rapidement son chemin, et l’on dit que l’abbé Joseph Caille, ancien perpétuel de la collégiale de Saint-Just, qui dirigeait, dans le voisinage, avec son frère Antoine, un pensionnat de jeunes gens, en fut l’ardent propagateur. À son retour de Paris, précédant de quarante-huit heures son neveu, l’Empereur, et à peine d’une semaine le Souverain Pontife, le cardinal eut à se prononcer. On attendait son geste, pour lancer les listes de souscription ; il s’y inscrivit généreusement, le premier, pour 1.000 francs ; les vicaires généraux, Courbon et Renaud, chacun pour 1.000 francs ; M. Delglat, dont la fille devait épouser le jeune colonel de Marbeuf, donna 1.200 francs ; M. Frère Jean, 1.000 ; Mlle de la Balmondière, 600 ; Mlle Millière, 200. Un des agents les plus actifs à recueillir les fonds fut un simple commis de la maison Ferrus, du nom de Messimily, dont le dossier curieux est aux Archives nationales, dans les cartons de la police. Par ses soins et par les démarches de plusieurs autres personnes dévotes, on parvint à réunir à peu près de quoi rembourser les Carmélites. Cependant le contrat ne fut définitivement conclu, entre les vendeurs et le Conseil de Fabrique de la Primatiale, qui se portait acquéreur, que le 3 septembre 1805. Un décret impérial, daté de Milan, le 3 messidor an XIII, dont nous avons publié le texte dans la Revue Gerson, autorisait l’exercice du culte dans la chapelle, rendue aux fidèles, et la considérait comme une annexe de l’église métropolitaine.

Personne n’ignore par quelles solennités, au milieu de quelle pompe inouïe, l’inauguration en avait été célébrée, le 19 avril précédent. Jamais les Lyonnais n’avaient assisté à pareil spectacle ; jamais leur foi et leur enthousiasme n’avaient éclaté dans des transports plus délirants. Depuis le 16, le mardi de Pâques, Pie VII, en rentrant de Paris dans ses États romains était l’hôte du palais archiépiscopal, que Napoléon et l’Impératrice Joséphine avaient quitté le matin même. Deux journées d’audiences presque inin-