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notre-dame de fourvière

terrompues, de baisements de pied, d’acclamations sous les fenêtres et le long des rives de la Saône, quand il se rendit à l’Île-Barbe, la communion, distribuée à plus de 1.200 assistants à la messe du jeudi à Saint-Jean, n’avaient pas lassé sa patience, ni épuisé sa bonté. Il accepta d’ouvrir, de ses propres mains, la chapelle de Notre-Dame et de restituer à ce peuple, qu’il voyait si attaché à ses vieilles croyances, le trône et l’image de sa divine Protectrice. On ne connut que la veille, dans l’après-midi, par des affiches placardées au coin des rues et par un mandement du cardinal Fesch, les intentions du pape et le programme de la fête. Tout fut prêt néanmoins, et plus de cent mille spectateurs, groupés sur la montagne, disséminés sur les quais, sur le pont Tilsitt, aux terrasses de la Croix-Rousse comme aux balcons de la place Bellecour, au bruit des canons de l’arsenal, des fanfares militaires, du carillon des cloches, s’inclinèrent et prièrent, lorsque le vicaire du Christ franchissant, le premier, le seuil du temple réconcilié, réveilla sous ses antiques voûtes les échos de ses gloires et bénit toutes les espérances de ses destinées nouvelles. Sa joie et sa consolation dépassèrent ce qu’il est possible d’imaginer ; il l’exprimait par cet unique mot vingt fois répété : Bello ! Bello ! et pour son vœu suprême, il emprunta au Créateur même, dans la Genèse, la formule de tous les progrès et de toutes les fécondités, pour la ville qu’il venait de consacrer à Marie : Crescite et multiplicamini.

Lyon n’oublia pas cette condescendance du saint Pontife : aux heures sombres de sa détresse et de sa captivité, nulle part la tristesse ne fut plus grande qu’à l’ombre de Fourvière, ni les fidélités plus courageuses. Après la délivrance du prisonnier de Savone et de Fontainebleau, une hospitalière de l’Hôtel-Dieu, interprète du sentiment commun, offrit une cloche, comme ex-voto de ce miracle tant désiré, et pour sonner à perpétuité le triomphe de la papauté.

Une plaque demi-circulaire, en marbre noir, avait été déjà placée sur la porte principale d’entrée, afin de commémorer ces impérissables souvenirs, dans l’inscription suivante :

D. O. M.
hoc sacellum cultui
b. mariæ virg. deiparæ
s. s. d. n. papa pius vii restituit
ipsemet sacra celebravit
indulgentiis plenariss et quotidinanis illud ditavit
die xix apr. anno domini mdcccv

Le xixe siècle fut, pour Fourvière, une période d’épanouissement exceptionnel et de prospérité de plus en plus croissante. Il n’y eut pas un événement de la vie lyonnaise, qui n’eût là-haut sa répercussion et qui n’y provoquât des témoignages de confiance ou de gratitude, des manifestations grandioses et inoubliables en l’honneur de Celle qu’on n’invoque jamais en vain. Aussi bien l’histoire universelle de la ville se transforme en histoire même de ce sanctuaire privilégié ; les joies et les épreuves de sa population, ses disgrâces aussi bien que les coups heureux du sort, revers, crises commerciales, catastrophes ou victoires y furent inscrits, sur les murailles et sur les dalles, en signes ineffaçables et touchants.

De cette quantité innombrable de faits publics et privés, où l’édification aurait tant à