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Félix Maderleau


Dans l’archipel de maisons occupant le site où se dresse aujourd’hui l’édifice du « Merger » qui jouxte la Place Jacques-Cartier, se trouvait, autrefois, un débit de tabac qui, à raison de la personnalité de son tenancier, était le rendez-vous de la bohème en même temps que le cénacle des intellectuels.

À la vérité, les habitués se recrutaient parmi de beaux esprits à tournure littéraire ou philosophique qui, pour le plus grand nombre, n’avaient jamais mis du noir sur du blanc : fonctionnaires, reporters, étudiants, quelques rapins, de petits rentiers.

Le patron, Félix Maderleau, était un gratte-papier quelconque au Parlement, mais cela ne l’empêchait pas de se trouver à son poste (celui de la rue Saint-Joseph) quatre jours par semaine. Il estimait que, eu égard au traitement qu’il touchait, il n’était pas, en conscience, tenu à donner au Gouvernement plus de deux jours de travail par semaine. Cette prétention avait même fait le sujet d’une véritable controverse chez les casuistes de robe courte.

Son établissement se composait de deux pièces. La première, de vingt pieds carrés, était flanquée