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MES SOUVENIRS

habituel des répétitions générales et des premières. Le théâtre avait ouvert ses portes au Tout-Paris, toujours le même, composé d’une centaine de personnes pour qui être de « la première » ou de « la générale » semble le privilège le plus enviable.

La presse y assistait également.

Quant à moi, j’étais réfugié dans les coulisses avec mes interprètes très émus. Il semblait, dans leur émotion, qu’ils fussent appelés à faire prononcer sur moi une sentence suprême, que c’était un vote qu’ils allaient exprimer d’où dépendrait le sort de ma vie !

Je ne me rendis aucun compte de ce que pouvait être l’impression de la salle. Comme je devais partir avec ma femme, le lendemain, pour l’Italie, je n’eus pas de nouvelles immédiates.

Le premier écho de Marie-Magdeleine ne devait m’arriver qu’à Naples. Ce fut sous la forme touchante d’une lettre que m’adressait le toujours si bon Ambroise Thomas.

Voici ce que m’écrivait ce maître si délicatement attentif à tout ce qui marquait mes pas dans la carrière artistique :


« Paris, 12 avril 1873.

« Obligé de me rendre aujourd’hui à ma campagne, j’aurai peut-être le regret de ne pas vous voir avant votre départ. Dans le doute, je ne veux pas tarder à vous dire, mon cher ami, tout le plaisir que j’ai éprouvé hier soir, et combien j’ai été heureux de votre beau succès…

« Voilà une œuvre sérieuse, noble et touchante à la fois ; elle est bien de notre temps, mais vous avez