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MES SOUVENIRS
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prouvé qu’on peut marcher dans la voie du progrès tout en restant clair, sobre et mesuré.

« Vous avez su émouvoir, parce que vous avez été ému.

« J’ai été pris comme tout le monde et plus que tout le monde.

« Vous avez rendu avec bonheur l’adorable poésie de ce drame sublime !

« Dans un sujet mystique où l’on est exposé à tomber dans l’abus des tons sombres et dans l’âpreté du style vous vous êtes montré coloriste en gardant le charme et la lumière…

« Soyez content, votre ouvrage reviendra et restera.

« Au revoir ; je vous embrasse de tout cœur.

« Mes affectueuses félicitations à Mme Massenet.

« Ambroise Thomas. »


Je relisais cette chère lettre. Elle ne pouvait sortir de mon souvenir, tant était doux et précieux le réconfort qu’elle m’apportait.

J’étais tout à ces rêveries délicieuses lorsque, au moment de prendre le bateau pour me rendre à Capri, je vis accourir essoufflé, vers moi, le domestique de l’hôtel où j’étais descendu, un paquet de lettres à la main. C’étaient des lettres d’amis de Paris, heureux du succès, et qui avaient tenu à m’en exprimer leur joie. Un numéro du Journal des Débats y était joint. Il me venait d’Ernest Reyer et contenait, sous sa signature, un article faisant de mon œuvre le plus brillant éloge, un des plus émouvants même de ceux que j’aie jamais reçus.