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MES SOUVENIRS
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élèves, chez lesquels on faisait de la musique, et nous y étions si choyés, si fêtés ! Le travail du matin, je l’aurai connu toute ma vie, car je le continue maintenant encore…

Après la saison d’hiver et le printemps passés à Paris, nous retournâmes à Fontainebleau, dans cette tranquille et paisible demeure de famille. J’y terminai, au commencement de l’été 1876, la partition complète du Roi de Lahore, entreprise plusieurs années déjà.

Avoir terminé un ouvrage, c’est dire adieu à l’inexprimable bonheur qu’un travail vous a procuré !…

J’avais sur ma table 1.100 pages d’orchestre et ma réduction pour piano que je venais d’achever.

Que deviendrait cet ouvrage ? Je me le demandais tout soucieux. Serait-il jamais joué ? Il était écrit, en effet, pour un grand théâtre. C’était là l’écueil, le point obscur de l’avenir…

Au cours du dernier hiver, j’avais fait la connaissance d’un poète à l’âme vibrante, Charles Grandmougin. Le chantre délicieux des Promenades, le barde chaleureux de la Patrie française, avait écrit, à mon intention, une légende sacrée, en quatre parties : La Vierge.

Je n’ai jamais pu laisser en friche mon esprit et j’y semai, de suite, les beaux vers de Grandmougin. Pourquoi fallut-il qu’un amer découragement y germât ? Je vous le conterai plus tard, mes chers enfants. Le fait est que je n’y tenais plus. J’avais absolument le désir de revoir Paris ; il me semblait que j’en reviendrais allégé de cette crise de défaillance que je subissais sans trop m’en rendre compte.

Le 26 juillet, j’allai donc à Paris, avec l’intention