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MES SOUVENIRS
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ter, ce n’est qu’ainsi, dans l’opiniâtreté du travail poursuivi inlassablement pendant plusieurs années, qu’on peut mettre debout des ouvrages de grande envergure.

Alexandre Dumas fils, dont j’étais le modeste confrère à l’Institut depuis un an, habitait une superbe propriété à Puys, près de Dieppe. Ce voisinage me procurait souvent de bien douces satisfactions. Je n’étais jamais si heureux que lorsqu’il venait me chercher en voiture, à sept heures du soir, pour aller dîner chez lui. Il m’en ramenait à neuf heures pour ne pas prendre mon temps. C’était un repos affectueux qu’il désirait pour moi, repos exquis et tout délicieux en effet, car on peut deviner quel régal me valait la conversation d’allure si vivante, si étincelante, du célèbre académicien.

Combien je l’enviais alors pour ces joies artistiques qu’il goûtait et que j’ai connues plus tard, moi aussi ! Il recevait et gardait chez lui ses grands interprètes et leur faisait travailler leurs rôles. À ce moment c’était la superbe comédienne, Mme Pasca, qui était son hôte.

Au commencement de 1881, la partition d’Hérodiade était terminée. Hartmann et Paul Milliet me conseillèrent d’en informer la direction de l’Opéra. Les trois années que j’avais données à Hérodiade n’avaient été qu’une joie ininterrompue pour moi. Elles devaient connaître un dévouement inoubliable et bien inattendu.

Malgré la répulsion que j’ai toujours éprouvée à frapper à la porte d’un théâtre, il fallait bien pourtant me décider à parler de cet ouvrage et j’allai à l’Opéra,