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MES SOUVENIRS
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étaient Marthe Duvivier, que le talent, la réputation et la beauté désignaient pour le rôle de Salomé ; Mlle Blanche Deschamps, qui devait devenir la femme du célèbre chef d’orchestre Léon Jehin, représentant Hérodiade ; Vergnet, Jean ; Manoury, Hérode ; Gresse père, Phanuel. Je me mis au piano, le dos tourné aux fenêtres et chantai tous les rôles, y compris les chœurs.

J’étais jeune, vif et alerte, heureux, et, je l’ajoute à ma honte, très gourmand. Je le suis resté. Mais si je m’en accuse, c’est pour m’excuser d’avoir voulu souvent quitter le piano pour aller luncher à une table chargée d’exquises victuailles étalées sur un plantureux buffet, dans ce même foyer. Chaque fois que je faisais mine de m’y rendre, les artistes m’arrêtaient et c’était à qui m’aurait crié : « De grâce !… Continuez !… Ne vous arrêtez plus !… » Je le fis, mais quelle revanche ! Je croquai presque toutes les friandises préparées à l’intention de tous ! Si contents étaient les artistes qu’ils pensèrent bien plus à m’embrasser qu’à manger. De quoi me serais-je plaint ?

Je demeurais à l’hôtel de la Poste, rue Fossé-aux-Loups, à côté du théâtre. C’est dans cette même chambre, que j’occupais au rez-de-chaussée, à l’angle de l’hôtel et donnant sur la rue d’Argent, que, durant l’automne suivant, je traçai l’esquisse de l’acte du séminaire, de Manon. Plus tard, je préférai habiter, et jusqu’en 1910, le cher « hôtel du Grand-Monarque », rue des Fripiers.

Cet hôtel se rattache à mes plus profonds souvenirs. J’y vécus si souvent en compagnie de Reyer,