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MES SOUVENIRS
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Mes journées se passèrent à la Haye, promenant mes rêvasseries tantôt sur les dunes de Scheveningue, et tantôt dans le bois qui dépend de la résidence royale. J’y avais d’ailleurs rencontré de délicieuses et exquises petites amies, des biches qui m’apportaient les fraîches haleines de leur museau humide…

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Nous étions au printemps de 1883. J’étais rentré à Paris, et, l’œuvre terminée, rendez-vous fut pris chez M. Carvalho, au 54 de la rue de Prony. J’y trouvai, avec notre directeur, Mme Miolan-Carvalho, Meilhac et Philippe Gille. Manon fut lue de neuf heures du soir à minuit. Mes amis en parurent charmés.

Mme Carvalho m’embrassa de joie, ne cessant de répéter :

— Que n’ai-je vingt ans de moins !

Je consolai de mon mieux la grande artiste. Je voulus que son nom fût sur la partition, et je la lui dédiai.

Il fallait trouver une héroïne ; beaucoup de noms furent prononcés. Du côté des hommes, Talazac, Taskin et Cobalet formaient une superbe distribution. Mais, pour la Manon, le choix resta indécis. Beaucoup, certes, avaient du talent, une grande réputation même, mais je ne sentais pas une seule artiste qui répondît à ce rôle, comme je le voulais, et qui aurait pu rendre la perfide et chère Manon avec tout le cœur que j’y avais mis.

Cependant j’avais trouvé dans une jeune artiste, Mme Vaillant-Couturier, des qualités de séduction vocale qui m’avaient engagé à lui confier la copie de plusieurs passages de la partition. Je la faisais tra-