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MES SOUVENIRS
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profonde conviction : « J’ai l’artiste pour ce rôle !... J’ai l’artiste ! Je l’ai entendue hier !… C’est Mlle Sibyl Sanderson ! Elle créera Esclarmonde, l’héroïne de l’opéra nouveau que vous m’offrez ! »

C’était l’artiste idéale pour ce poème romanesque en cinq actes de MM. Alfred Blau et Louis de Gramont.

Le nouveau directeur de l’Opéra-Comique, qui se montra toujours à mon égard plein de déférence et d’une bonté parfaite, engagea Mlle Sibyl Sanderson en acceptant, sans discussion, le prix proposé par nous pour ses représentations.

La commande des décors, comme celle des costumes, il les laissa à mon entière discrétion, me faisant le maître absolu de diriger décorateurs et costumiers suivant mes propres conceptions.

Si je recueillis de cet état de choses une agréable satisfaction, M. Paravey, de son côté, n’eut qu’à se féliciter des résultats financiers que lui donna Esclarmonde. Il est vrai d’ajouter qu’elle fut représentée à l’époque forcément brillante de l’Exposition universelle de 1889. La première eut lieu le 14 mai de cette même année.

Les superbes artistes qui figurèrent sur l’affiche, avec Sibyl Sanderson, furent MM. Bouvet, Taskin et Gibert.

L’ouvrage avait été joué à Paris cent et une fois de suite, lorsque j’appris que, depuis quelque temps déjà le Théâtre-Royal de la Monnaie avait engagé Sibyl Sanderson, à Bruxelles, pour y créer Esclarmonde. C’était forcément la faire disparaître de la scène de l’Opéra-Comique, où elle triomphait depuis plusieurs mois.

Si Paris, cependant, devait voir se taire cette artiste,