Page:Massenet - Mes souvenirs, 1912.djvu/237

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
MES SOUVENIRS
229

Une visite, aussi inattendue qu’elle fut flatteuse, m’arriva quand j’y pensais le moins. Ce fut celle de M. Raoul Gunsbourg.

J’aime à rappeler ici la haute valeur de ce grand ami, de ce directeur si personnel, de ce musicien dont les ouvrages triomphent au théâtre.

Raoul Gunsbourg m’apporta la nouvelle que, sur ses conseils, S. A. S. le prince de Monaco m’avait désigné pour un ouvrage nouveau à monter au théâtre de Monte-Carlo.

Le Jongleur de Notre-Dame était prêt. Je l’offris. Il fut convenu que Son Altesse Sérénissime daignerait venir, en personne, écouter l’œuvre, à Paris. Cette audition eut lieu, en effet, dans la belle et artistique demeure de mon éditeur, Henri Heugel, avenue du Bois-de-Boulogne. Elle donna au prince toute satisfaction ; il nous fit l’honneur d’exprimer, à plusieurs reprises, son sincère contentement. L’œuvre fut mise à l’étude, et les dernières répétitions en eurent lieu à Paris, sous la direction de Raoul Gunsbourg.

En janvier 1902, nous quittâmes Paris, Mme Massenet et moi, pour nous rendre au palais de Monaco, où Son Altesse nous avait fort affectueusement invités à être ses hôtes. Quelle existence à l’antipode de celle que nous quittions !

Nous avions laissé Paris, le soir, enseveli dans un froid glacial, sous la neige, et voilà que, quelques heures après, nous nous trouvions enveloppés d’une autre atmosphère !… C’était le Midi, c’était la belle Provence ; c’était la Côte d’Azur qui s’annonçait ! C’était l’idéal même ! C’était, pour moi, l’Orient, aux portes presque de Paris !…