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MES SOUVENIRS
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et de sa femme exquise, poète, elle aussi, du plus parfait talent.

Je sortis de là, tout enfiévré, le poème dans ma poche, contre mon cœur, comme pour lui en faire sentir les battements, et je montai dans une Victoria découverte pour rentrer chez moi. La pluie tombait à torrent, je ne m’en étais pas aperçu. C’était sûrement les larmes d’Ariane qui, avec délices, mouillaient ainsi tout mon être.

Chères et bonnes larmes, comme vous deviez un jour couler avec bonheur, pendant ces délicieuses répétitions ! De quelle estime, de quelles attentions en effet, n’étais-je pas comblé par mon cher directeur Gailhard, comme aussi par mes bien remarquables interprètes !

Au mois d’août 1905, je me promenais tout pensif, sous la pergola de notre demeure d’Égreville, quand, soudain, la trompe d’une automobile réveilla les échos de ce paisible pays.

N’était-ce pas Jupiter tonnant au ciel, Cœlo tonantem Jovem, comme eût dit Horace, le délicat poète des Odes ? Un instant je pus le croire, mais quelle ne fut pas ma surprise, — surprise entre toutes agréable — lorsque, de ce tonitruant soixante à l’heure, je vis descendre deux voyageurs qui, pour ne point arriver du ciel, n’en venaient pas moins me faire entendre les accents les plus paradisiaques de leurs voix amies.

L’un était le directeur de l’Opéra, Gailhard, et l’autre, l’érudit architecte du monument Garnier. Mon directeur venait me demander où j’en étais d’Ariane, et si je voulais confier cet ouvrage à l’Opéra ?