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MES DISCOURS

talent génial. Elles laisseront un sillon lumineux dans l’histoire de la sculpture française.

Éloigné de toute prétention, il avait, quand il le fallait, le sourire qui sait faire valoir et aimer la pensée créatrice. Il avait un don merveilleux de l’à-propos et de la mesure.

Emmanuel Frémiet était lui-même.

Ce qui caractérisait le talent si fort, si personnel de Frémiet, c’était aussi l’esprit. Son esprit ingénieux et nerveux était habile à choisir ses sujets ; il les composait avec une mesure, avec une malice exquises. On a pu avancer avec raison, de lui, que de tous les sculpteurs de son temps il fut le plus cultivé.

Dans la science de la mythologie, il se montra admirable, comme il le fut en archéologie, respectant avec un scrupule extrême la vérité, l’exactitude historique.

Après le Cavalier gaulois et le Cavalier romain, après la statue équestre de Louis d’Orléans, chef-d’œuvre d’une beauté sans égale, après le Centaure Térée, emportant un enfant dans ses bras, et le Faune taquinant de jeunes oursons, après avoir traité l’Homme à l’âge de pierre, il nous donna cette œuvre si tragique : Gorille enlevant une femme.

Frémiet était alors en plein épanouissement de son éblouissant, de son merveilleux talent. La médaille d’honneur au Salon de 1888 devait venir lui dire l’universelle admiration que, dès longtemps d’ailleurs, il avait su inspirer à la foule de ses contemplateurs.

L’artiste fut toujours soucieux de la vérité et des leçons de l’histoire. Sa Jeanne d’Arc en est l’éclatant témoignage. Elle a fait décerner à Frémiet la glorieuse appellation de précurseur.