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MES SOUVENIRS
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sur l’Histoire du Christ, j’eus l’intuition que Marie-Magdeleine occuperait un jour ma vie ; et enfin Venise !

Venise !… On m’aurait dit que je vivais réellement que je n’y aurais pas cru, tant l’irréel de ces heures passées dans cette ville unique m’enveloppait de stupéfaction. N’étant pas M. Bædeker, dont le guide trop coûteux n’était pas dans nos mains, ce fut par une sorte de divination que nous découvrîmes, sans indications, toutes les merveilles de Venise.

Mes camarades avaient admiré une peinture de Palma Vecchio, dans une église dont ils ne purent savoir le nom. Comment la retrouver au milieu des quatre-vingt-dix églises que compte Venise ? Seul, dans une gondole, je dis à mon « barcaiollo » que j’allais à Saint-Zacharie ; mais, n’y ayant pas aperçu le tableau, une Santa Barbara, je me fis conduire à un autre saint. Nouvelle déception. Comme celle-ci se renouvelait et menaçait de s’éterniser, mon gondolier me montra, en riant, une autre église, celle de Tous les Saints (Chiesa di tutti santi), et me dit, moitié moqueur : « Entrez là, vous trouverez le vôtre ! »

Je passe Pise et Florence, dont je parlerai plus tard, avec détails.

Arrivés près du territoire pontifical, nous décidâmes, pour ajouter quelque pittoresque en plus à notre route, qu’au lieu de passer par le chemin académique et d’arriver à Rome comme les anciens prix, par Ponte-Molle, antique témoin de la défaite de Maxence et de la glorification du christianisme, nous prendrions le bateau à vapeur à Livourne jusqu’à Civitta-Vecchia.