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MES SOUVENIRS
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La nuit, une nuit de janvier, était d’une profonde obscurité, partant bien favorable aux desseins de nos ciceroni ! Arrivés près du Capitole, nous distinguions à peine les vestiges des temples qui émergeaient des vallonnements du célèbre Campo Vaccino, dont la reproduction, conservée au Louvre, est restée un des chefs-d’œuvre de notre Claude Le Lorrain.

À cette époque, sous le règne de Sa Sainteté le pape-roi Pie IX, aucunes fouilles officielles n’avaient été organisées dans le Forum même. Ce lieu fameux n’était qu’un amas de pierres et de fûts de colonnes enfouis dans des herbes sauvages que broutaient des troupeaux de chèvres. Ces jolies bêtes étaient gardées par des bergers aux larges chapeaux et enveloppés d’un grand manteau noir à doublure verte, vêtement habituel des paysans de la campagne romaine ; tous étaient armés d’une grande pique qui leur servait à chasser les buffles pataugeant dans les marais d’Ostie.

Nos camarades nous firent traverser les ruines de la basilique de Constantin, dont nous apercevions vaguement les immenses voûtes à caissons. Notre admiration se changea en effroi quand un instant après, nous nous vîmes sur une place entourée de murs aux proportions indéfiniment colossales. Au milieu de cette place se trouvait une grande croix sur un piédestal formé de marches, comme une façon de calvaire. Arrivé là, je n’aperçus plus mes camarades, et, lorsque je me retournai, je me vis seul au milieu du gigantesque amphithéâtre qu’était le Colisée, dans un silence qui me parut effrayant.

Je cherchais un chemin quelconque afin de me