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MES SOUVENIRS

étais point seul, que le souvenir vivant de mes camarades m’accompagnait, que j’assistais à leurs extases, à leurs enthousiasmes devant tous ces chefs-d’œuvre amoncelés dans ce splendide palais. J’y revis ces Titien, ces Tintoret, ces Léonard de Vinci, ces Véronèse, ces Michel-Ange, ces Raphaël.

De quel œil délicieusement ravi j’admirai de nouveau ce trésor inestimable qu’est la Vierge à la chaise, de Raphaël, chef-d’œuvre de la peinture, puis la Tentation de saint Antoine, par Salvator Rosa, visible dans la salle d’Ulysse, et dans la salle de Flore, la Vénus, de Canova, posée sur une base qui tourne. Les Rubens, les Rembrandt, les Van Dyck, furent aussi l’objet de mes contemplations.

Je ne sortis du palais Pitti que pour être de nouveau ébloui par le palais Strozzi, le plus beau type des palais florentins, dont la corniche, due à Simone Pollajolo, est la plus belle connue des temps modernes. Je revis aussi le jardin Boboli, à côté du palais Pitti, dessiné par Tribolo et Buontalenti.

Je terminai cette journée par une promenade dans ce qu’on a surnommé le bois de Boulogne de Florence, la promenade les Cascine, à la porte et à l’ouest de Florence, entre la rive droite de l’Arno et le chemin de fer. C’est la promenade favorite du monde élégant et de la fashion de Florence, cette ville qu’on a surnommée l’Athènes de l’Italie.

Il me souvient que le soir tombait déjà, et, privé de ma montre que, par mégarde, j’avais laissée à l’hôtel, j’eus la pensée de demander à un paysan que je croisai sur la route l’heure qu’il était. La réponse que j’en reçus est de celles dont on ne saurait ou-