Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/165

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
153
LA SERRE.

— Hein ?… tu dis ?… Céleste ?… chez moi ?… dans ma… ma… ma maison… dans ma… ma… dans ma serre. Et tu n’as pas tué l’homme, un complice ! Tu avais un revolver et tu ne l’as pas tué… Chez moi… chez moi…

Elle s’assit, n’en pouvant plus.

Il battit un entrechat, fit les castagnettes avec ses doigts, claqua de la langue, et, riant toujours :

— Si tu savais… si tu savais…

Brusquement, il l’embrassa.

Elle se débarrassa de lui. Et la voix coupée par la colère :

— Je ne veux pas que cette fille reste un jour de plus chez moi, tu entends ? Pas un jour… pas une heure. Quand elle va rentrer, nous allons la jeter dehors…

M. Lerebour avait saisi sa femme par la taille et il lui plantait des rangs de baisers dans le cou, des baisers à bruits, comme jadis. Elle se tut de nouveau, percluse d’étonnement. Mais lui, la tenant à pleins bras, l’entraînait doucement vers le lit…


Vers neuf heures et demie du matin, Céleste, étonnée de ne pas voir encore ses maîtres qui se levaient toujours de bonne heure, vint frapper doucement à leur porte.

Ils étaient couchés, et ils causaient gaiement côte à côte. Elle demeura saisie, et demanda :

— Madame, c’est le café au lait.

Mme Lerebour prononça d’une voix très douce :

— Apporte-le ici, ma fille, nous sommes un peu fatigués, nous avons très mal dormi.

À peine la bonne fut-elle sortie que M. Lerebour se remit à rire en chatouillant sa femme et répétant :

— Si tu savais ! Oh ! si tu savais.