Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/209

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
197
PREMIÈRE NEIGE.

Elle les rencontrait à tout instant ; ils lui soufflaient sans cesse, tantôt sur le visage, tantôt sur les mains, tantôt sur le cou, leur haleine perfide et gelée.

Elle parla de nouveau d’un calorifère ; mais son mari l’écouta comme si elle lui eût demandé la lune. L’installation d’un appareil semblable à Parville lui paraissait aussi impossible que la découverte de la pierre philosophale.

Ayant été à Rouen, un jour, pour affaires, il rapporta à sa femme une mignonne chaufferette de cuivre qu’il appelait en riant un « calorifère portatif » ; et il jugeait que cela suffirait désormais à l’empêcher d’avoir jamais froid.

Vers la fin de décembre, elle comprit qu’elle ne pourrait vivre ainsi toujours, et elle demanda timidement, un soir, en dînant :

— Dis donc, mon ami, est-ce que nous n’irons point passer une semaine ou deux à Paris avant le printemps ?

Il fut stupéfait :

— À Paris ? à Paris ? Mais pourquoi faire ? Ah ! mais non, par exemple ! On est trop bien ici, chez soi. Quelles drôles d’idées tu as par moments !

Elle balbutia :

— Cela nous distrairait un peu.

Il ne comprenait pas :

— Qu’est-ce qu’il te faut pour te distraire ? Des théâtres, des soirées, des dîners en ville ? Tu savais pourtant bien en venant ici que tu ne devais pas t’attendre à des distractions de cette nature !

Elle vit un reproche dans ces paroles et dans le ton dont elles étaient dites. Elle se tut. Elle était timide et douce, sans révoltes et sans volonté.

En janvier, les froids revinrent avec violence. Puis la neige couvrit la terre.