Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/224

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ŒUVRES POSTHUMES.

Moi aussi je me suis demandé souvent pourquoi cela. Et vraiment, je ne sais trop. J’ai trouvé des raisons cependant ; mais elles touchent à la métaphysique et vous ne les goûterez peut-être point.

Je crois que je juge trop les femmes pour subir beaucoup leur charme. Je vous demande pardon de cette parole. Je l’explique. Il y a, dans toute créature, l’être moral et l’être physique. Pour aimer, il me faudrait rencontrer entre ces deux êtres une harmonie que je n’ai jamais trouvée. Toujours l’un des deux l’emporte trop sur l’autre, tantôt le moral tantôt le physique.

L’intelligence que nous avons le droit d’exiger d’une femme, pour l’aimer, n’a rien de l’intelligence virile. C’est plus et c’est moins. Il faut qu’une femme ait l’esprit ouvert, délicat, sensible, fin, impressionnable. Elle n’a besoin ni de puissance, ni d’initiative dans la pensée, mais il est nécessaire qu’elle ait de la bonté, de l’élégance, de la tendresse, de la coquetterie, et cette faculté d’assimilation qui la fait pareille, en peu de temps, à celui qui partage sa vie. Sa plus grande qualité doit être le tact, ce sens subtil qui est pour l’esprit ce qu’est le toucher pour le corps. Il lui révèle mille choses menues, les contours, les angles et les formes dans l’ordre intellectuel.

Les jolies femmes, le plus souvent, n’ont point une intelligence en rapport avec leur personne. Or, le moindre défaut de concordance me frappe et me blesse du premier coup. Dans l’amitié, cela n’a point d’importance. L’amitié est un pacte, où l’on fait la part des défauts et des qualités. On peut juger un ami et une amie, tenir compte de ce qu’ils ont de bon, négliger ce qu’ils ont de mauvais et apprécier exactement leur valeur, tout en s’abandonnant à une sympathie intime, profonde et charmante.