Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/244

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ŒUVRES POSTHUMES.

Il reprit : — Monsieur a tort. Il arrivera du mal à monsieur. Monsieur veut-il alors que je le mette au lit ?

Je prononçai :

— Non, laisse-moi.

Et il se retira.

Combien s’écoula-t-il d’heures, je n’en sais rien. Oh ! quelle nuit ! quelle nuit ! Il faisait froid ; mon feu s’était éteint dans la grande cheminée ; et le vent, un vent d’hiver, un vent glacé, un grand vent de pleine gelée, heurtait les fenêtres avec un bruit sinistre et régulier.

Combien s’écoula-t-il d’heures ? J’étais là, sans dormir, affaissé, accablé, les yeux ouverts, les jambes allongées, le corps mou, mort, et l’esprit engourdi de désespoir. Tout à coup, la grande cloche de la porte d’entrée, la grande cloche du vestibule tinta.

J’eus une telle secousse que mon siège craqua sous moi. Le son grave et pesant vibrait dans le château vide comme dans un caveau. Je me retournai pour voir l’heure à mon horloge. Il était deux heures du matin. Qui pouvait venir à cette heure ?

Et brusquement la cloche sonna de nouveau deux coups. Les domestiques, sans doute, n’osaient pas se lever. Je pris une bougie et je descendis. Je faillis demander :

— Qui est là ?

Puis j’eus honte de cette faiblesse ; et je tirai lentement les gros verrous. Mon cœur battait ; j’avais peur. J’ouvris la porte brusquement et j’aperçus dans l’ombre une forme blanche dressée, quelque chose comme un fantôme.

Je reculai, perclus d’angoisse, balbutiant :

— Qui… qui… qui êtes-vous ?

Une voix répondit :