Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/251

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FINI.

était-elle ? Comme c’était drôle de se retrouver ainsi après vingt-cinq ans ! La reconnaîtrait-il seulement ?

Il fit sa toilette avec une coquetterie de femme, mit un gilet blanc, ce qui lui allait mieux, avec l’habit, que le gilet noir, fit venir le coiffeur pour lui donner un coup de fer, car il avait conservé ses cheveux, et il partit de très bonne heure pour témoigner de l’empressement.

La première chose qu’il vit en entrant dans un joli salon fraîchement meublé, ce fut son propre portrait, une vieille photographie déteinte, datant de ses jours triomphants, pendue aux murs dans un cadre coquet de soie ancienne.

Il s’assit et attendit. Une porte s’ouvrit enfin derrière lui ; il se dressa brusquement et, se retournant, aperçut une vieille dame en cheveux blancs qui lui tendait les deux mains.

Il les saisit, les baisa l’une après l’autre, longtemps ; puis relevant la tête il regarda son amie.

Oui, c’était une vieille dame, une vieille dame inconnue qui avait envie de pleurer et qui souriait cependant.

Il ne put s’empêcher de murmurer :

— C’est vous, Lise ?

Elle répondit :

— Oui, c’est moi, c’est bien moi… Vous ne m’auriez pas reconnue, n’est-ce pas ? J’ai eu tant de chagrin… tant de chagrin… Le chagrin a brûlé ma vie… Me voilà maintenant… Regardez-moi… ou plutôt non… ne me regardez pas… Mais comme vous êtes resté beau, vous… et jeune… Moi, si je vous avais, par hasard, rencontré dans la rue, j’aurais aussitôt crié : « Jaquelet ! ».

Maintenant asseyez-vous, nous allons d’abord causer. Et puis j’appellerai ma fillette, ma grande fille.