Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/252

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
240
ŒUVRES POSTHUMES.

Vous verrez comme elle me ressemble… ou plutôt comme je lui ressemblais… non, ce n’est pas encore ça : elle est toute pareille à la « moi » d’autrefois, vous verrez ! Mais j’ai voulu que nous fussions seuls d’abord. Je craignais un peu d’émotion de ma part au premier moment. Maintenant c’est fini, c’est passé… Asseyez-vous donc, mon ami.

Il s’assit près d’elle en lui tenant la main ; mais il ne savait que lui dire ; il ne connaissait pas cette personne-là ; il ne l’avait jamais vue, lui semblait-il. Qu’était-il venu faire en cette maison ? De quoi pourrait-il parler ? De l’autre fois ? Qu’y avait-il de commun entre elle et lui ? Il ne se souvenait plus de rien en face de ce visage de grand’mère. Il ne se souvenait plus de toutes ces choses gentilles et douces, et tendres, et poignantes, qui avaient assailli son cœur, tantôt, quand il pensait à l’autre, à la petite Lise, à la mignonne Fleur-de-Cendre. Qu’était-elle donc devenue celle-là ? L’ancienne, l’aimée ? Celle du rêve lointain, la blonde aux yeux gris, la jeune, qui disait si bien : Jaquelet ?

Ils demeuraient côte à côte, immobiles, gênés tous deux, troublés, envahis par un malaise profond.

Comme ils ne prononçaient que des phrases banales, hachées et lentes, elle se leva et appuya sur le bouton de la sonnerie :

— J’appelle Renée, dit-elle.

On entendit un bruit de porte, puis un bruit de robe ; puis une voix jeune cria :

— Me voici, maman !

Lormerin restait effaré comme devant une apparition. Il balbutia :

— Bonjour, mademoiselle…

Puis, se tournant vers la mère :

— Oh ! c’est vous !…

C’était elle, en effet, celle d’autrefois, la Lise dis-