Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/261

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MES VINGT-CINQ JOURS.

cien cratère. Un côté de cette cuve immense est aride, l’autre boisé. Au milieu des arbres une maisonnette où dort un homme aimable et spirituel, un sage qui passe ses jours dans ce lieu virgilien. Il nous ouvre sa demeure. Une idée me vient. Je crie :

— Si on se baignait !…

— Oui, dit-on, mais… des costumes.

— Bah ! nous sommes au désert.

Et on se baigne —…… — !

Si j’étais poète, comme je dirais cette vision inoubliable des corps jeunes et nus dans la transparence de l’eau ! La côte inclinée et haute enferme le lac immobile, luisant et rond comme une pièce d’argent ; le soleil y verse en pluie sa lumière chaude ; et le long des roches, la chair blonde glisse dans l’onde presque invisible où les nageuses semblent suspendues. Sur le sable du fond on voit passer l’ombre de leurs mouvements !

26 juillet. — Quelques personnes semblent voir d’un œil choqué et mécontent mon intimité rapide avec les deux veuves !

Il existe donc des gens ainsi constitués qu’ils s’imaginent la vie faite pour s’embêter. Tout ce qui paraît être amusement devient aussitôt une faute de savoir-vivre ou de morale. Pour eux, le devoir a des règles inflexibles et mortellement tristes.

Je leur ferai observer avec humilité que le devoir n’est pas le même pour les Mormons, les Arabes, les Zoulous, les Turcs, les Anglais ou les Français. Et qu’il se trouve des gens fort honnêtes chez tous ces peuples.

Je citerai un seul exemple. Au point de vue des femmes, le devoir anglais est fixé à neuf ans, tandis que le devoir français ne commence qu’à quinze ans. Quant à moi je prends un peu du devoir de chaque