Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/274

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
262
ŒUVRES POSTHUMES.

Elle hésita, une seconde ; puis d’une voix tremblante :

— C’est pour m’épouser que vous dites ça ? Car jamais autrement, vous savez ?

— Oui, mademoiselle !

— Eh bien ! ça va, monsieur Piquenez !

C’est ainsi que ces deux étourneaux se promirent le mariage, par la faute d’un galopin. Mais je ne croyais pas cela sérieux ; ni eux non plus, peut-être. Une hésitation lui vint à elle :

— Vous savez, je n’ai rien, pas quatre sous.

Il balbutia, car il était ivre comme Silène :

— Moi, j’ai cinq mille francs d’économies.

Elle s’écria triomphante :

— Alors nous pourrions nous établir ?

Il devint inquiet :

— Nous établir quoi ?

— Est-ce que je sais, moi ? Nous verrons. Avec cinq mille francs, on fait bien des choses. Vous ne voulez pas que j’aille habiter dans votre pension, n’est-ce pas ?

Il n’avait point prévu jusque-là, et il bégayait fort perplexe :

— Nous établir quoi ? Ça n’est pas commode ! Moi je ne sais que le latin !

Elle réfléchissait à son tour, passant en revue toutes les professions qu’elle avait ambitionnées.

— Vous ne pourriez pas être médecin ?

— Non, je n’ai pas de diplôme !

— Ni pharmacien ?

— Pas davantage.

Elle poussa un cri de joie. Elle avait trouvé.

— Alors nous achèterons une épicerie ! Oh ! quelle chance ! nous achèterons une épicerie ! Pas grosse par exemple ; avec cinq mille francs on ne va pas loin.