Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/291

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CRI D’ALARME.

réussit pas, mais il y a aussi des jours où ça leur rapporte, malgré tout.

Mon cher… si tu savais… comme c’est drôle… deux hommes !… Vois-tu, les timides, comme toi, ça n’imaginerait jamais comment sont les autres… et ce qu’ils font… tout de suite… quand ils se trouvent seuls avec nous… Ce sont des risque-tout !… Ils ont des gifles… c’est vrai… mais qu’est-ce que ça leur fait… ils savent bien que nous ne bavarderons jamais. Ils nous connaissent bien, eux…

Je la regardais avec des yeux d’Inquisiteur et avec une envie lolle de la faire parler, de savoir tout. Combien de fois je me l’étais posée, cette question : « Comment se comportent les autres hommes avec les femmes, avec nos femmes ? » Je sentais bien, rien qu’à voir dans un salon, en public, deux hommes parler à la même femme, que ces deux hommes, se trouvant l’un après l’autre en tête-à-tête avec elle, auraient une allure toute différente, bien que la connaissant au même degré. On devine du premier coup d’œil que certains êtres, doués naturellement pour séduire, ou seulement plus dégourdis, plus hardis que nous, arrivent, en une heure de causerie avec une femme qui leur plaît, à un degré d’intimité que nous n’atteignons pas en un an. Eh bien, ces hommes-là, ces séducteurs, ces entreprenants ont-ils, quand l’occasion s’en présente, des audaces de mains et de lèvres qui nous paraîtraient à nous, les tremblants, d’odieux outrages, mais que les femmes peut-être considèrent seulement comme de l’effronterie pardonnable, comme d’indécents hommages à leur irrésistible grâce ?

Je lui demandai donc :

— Il y en a qui sont très inconvenants, n’est-ce pas, des hommes ? »

Elle se renversa sur sa chaise pour rire plus à son