Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/42

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vignoble d’élite, mais dans certaines autres on y parvenait à grand’peine.

Vers le mois de mai ou de juin, quand le père voyait qu’il serait malaisé de boire tout ce qui restait encore, il se mettait à encourager son grand fils, Colosse, et il répétait : « Allons, fils, faut y parfaire. » Alors ils commençaient à se verser dans la gorge des litres de rouge, du matin au soir. Vingt fois, pendant chaque repas, le bonhomme disait d’un ton grave, en penchant le broc sur le verre de son garçon : « Faut y parfaire. » Et comme tout ce liquide chargé d’alcool lui échauffait le sang et l’empêchait de dormir, il se relevait la nuit, passait une culotte, allumait une lanterne, réveillait « Coloche » ; et ils s’en allaient au cellier, après avoir pris dans le buffet une croûte de pain qu’ils trempaient dans leur verre rempli coup sur coup à la barrique même. Puis, quand ils avaient bu à sentir le vin clapoter dans leurs ventres, le père tapotait le bois sonore du fût pour écouter si le niveau du liquide avait baissé.

Le marquis demanda :

— Ce sont eux qui travaillent autour du morne ?

— Oui, oui, parfaitement.

Juste à cet instant, les deux hommes s’éloignèrent à grands pas de la roche chargée de poudre ; et toute la foule d’en bas qui les entourait, se mit à courir comme une armée en déroute. Elle fuyait vers Riom et vers Enval, laissant tout seul le gros rocher sur une petite butte de gazon ras et pier-