Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/43

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reux, car il coupait en deux la vigne ; et ses alentours immédiats n’étaient point encore défrichés.

La foule d’en haut, aussi nombreuse que l’autre maintenant, frémit d’aise et d’impatience ; et la voix forte de Petrus Martel annonça : « Attention ! la mèche est allumée. »

Christiane eut un grand frisson d’attente. Mais le docteur murmura dans son dos :

— Oh ! s’ils ont laissé toute la mèche que je les ai vus acheter, nous en avons au moins pour dix minutes.

Tous les yeux regardaient la pierre ; et soudain un chien, un petit chien noir, une sorte de roquet, s’en approcha. Il fit le tour, flaira et découvrit sans doute une odeur suspecte, car il commença à japper de toute sa force, les pattes roides, le poil du dos hérissé, la queue tendue, les oreilles droites.

Un rire courut dans le public, un rire cruel ; on espérait qu’il ne s’en irait pas à temps. Puis des voix l’appelèrent pour l’écarter ; des hommes sifflèrent ; on essaya de lui lancer des cailloux qui n’arrivèrent pas à mi-chemin. Mais le roquet ne bougeait plus et aboyait avec fureur contre le rocher.

Christiane se mit à trembler. Une peur atroce l’avait saisie de voir cette bête éventrée ; tout son plaisir était fini ; elle voulait s’en aller ; elle répétait, nerveuse, balbutiant, toute vibrante d’angoisse :

— Oh ! mon Dieu ! Oh ! mon Dieu ! il sera tué ! Je ne veux pas voir ! je ne veux pas ! je ne veux pas ! Allons-nous-en…

Son voisin, Paul Brétigny, s’était levé, et, sans