Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/69

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de vieux procureur de l’aïeul et la tête de troupier paysan du fils.

Andermatt murmura à l’oreille de Gontran :

— Hein, quel beau Téniers.

Le jeune homme répondit tout bas :

— J’aime mieux les filles.

Puis on revint.

Il fallut alors boire ce vin, en boire beaucoup, pour plaire aux deux Oriol.

Les fillettes s’étaient rapprochées de la table et continuaient leur travail comme si personne n’eût été là. Gontran les regardait sans cesse, se demandant si elles étaient jumelles, tant elles se ressemblaient. Une pourtant était plus grasse, et plus petite, l’autre plus distinguée. Leurs cheveux, châtains, non pas noirs, collés en bandeaux sur les tempes, luisaient aux légers mouvements de leurs têtes. Elles avaient la mâchoire et le front un peu forts de la race auvergnate, les pommettes un peu marquées, mais la bouche charmante, l’œil ravissant, les sourcils d’une netteté rare, et une fraîcheur de teint délicieuse. On sentait à les voir qu’elles n’avaient point été élevées dans cette maison, mais dans une pension élégante, dans le couvent où vont les demoiselles riches et nobles de l’Auvergne, et qu’elles avaient recueilli là les manières discrètes des filles du monde.

Cependant Gontran, pris de dégoût devant ce verre rouge placé devant lui, poussait le pied d’Andermatt pour le décider à partir. Il se leva enfin et