Page:Maupassant Bel-ami.djvu/327

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Elle sourit. — Ah ! oui, mais ça va très bien.

Puis après avoir songé quelques instants : — J’y pense, cette suite que tu devais faire alors, et que tu as… laissée en route. Nous pouvons nous y mettre à présent. Ça nous donnera une jolie série bien en situation.

Il répondit en s’asseyant devant son potage : — Parfaitement. Rien ne s’y oppose plus, maintenant que ce cocu de Forestier est trépassé.

Elle répliqua vivement d’un ton sec, blessé :

— Cette plaisanterie est plus que déplacée, et je te prie d’y mettre un terme. Voilà trop longtemps qu’elle dure.

Il allait riposter avec ironie ; on lui apporta une dépêche contenant cette seule phrase, sans signature : « J’avais perdu la tête. Pardonnez-moi et venez demain, quatre heures, au parc Monceau. »

Il comprit, et, le cœur tout à coup plein de joie, il dit à sa femme, en glissant le papier bleu dans sa poche :

— Je ne le ferai plus, ma chérie. C’est bête. Je le reconnais.

Et il commença à dîner.

Tout en mangeant il se répétait ces quelques mots : « J’avais perdu la tête, pardonnez-moi, et venez demain, quatre heures, au parc Monceau. » Donc elle cédait. Cela voulait dire : « Je me rends, je suis à vous, où vous voudrez, quand vous voudrez. »

Il se mit à rire. Madeleine demanda :

— Qu’est-ce que tu as ?

— Pas grand’chose. Je pense à un curé que j’ai rencontré tantôt, et qui avait une bonne binette.

Du Roy arriva juste à l’heure au rendez-vous du lendemain. Sur tous les bancs du parc étaient assis des