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chasses et voyages au congo

lectuellement s’entend, car physiquement il faut réagir et s’entretenir en vue des fatigues à venir.

Dans la Méditerranée, les messageries ne font pas escale, elles ont pour ces ports des services spéciaux. Parfois au retour quand l’horaire le permet, un aimable capitaine contourne le Stromboli pour faire plaisir et offrir une distraction à ses passagers. Rien n’est curieux comme de voir le volcan en pleine activité, lancer toujours du même côté des volées de pierres à la mer, par intervalles irréguliers. Il constitue à lui seul une île, presque sans rivage, mais habitee. Peut-être un jour s’effondrera-t-elle dans la mer, avec ses habitants trop confiants, sans crier gare, comme jadis elle en a surgi. De nuit la vision est grandiose ; la lave incandescente, semblable à une coulée de haut-fourneau, se déverse dans l’eau qui bouillonne et forme des vapeurs, qui, jointes à celles crachées par le cratère lui-même, maintiennent le ciel constamment nuageux.

Après le Stromboli, nous entrons dans le cycle des réminiscences classiques : Charybde et Scylla, la Grande-Grèce et l’Etna, mais le ferry-boat qui va et vient entre Messine et Reggio, transportant des trains entiers de Sicile en Calabre, vient interrompre nos méditations et nous rappeler que nous sommes des enfants du XXe siècle. Au sortir du détroit les courants de l’Adriatique font renaître pour certains les angoisses du Golfe du Lion, et les rangs sur le pont s’éclaircissent, puis la Crête s’estompe à babord sur le ciel diaphane de la Grèce, et nous reporte aux temps où les infortunes conjugales étaient encore prises au tragique.

Dans six mois, au retour, si Dieu veut, fin avril 1929, nous couperons ici-même le sillage d’aujourd’hui, en rentrant par Alexandrie, qu’on devine là-bas au sud, derrière les phares de Damiette et qui pointent un instant à l’horizon et annoncent la terre africaine. Mais aujourd’hui nous passons au large pour aller à Port-Saïd saluer la statue du