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chasses et voyages au congo

quelle raison, une pierre blanche et marmoréenne, et alternant avec elle d’énormes digitales à fleurs blanches, fait comme une tache lumineuse dans cet océan de verdure.

Une petite antilope rousse bondit et disparaît aussitôt dans le buisson d’où par curiosité elle était sortie pour voir la cause du bruit qui trouble sa retraite : c’est un médafiel de montagne qui à notre vue se hâte de se cacher pour nous enlever toute velleité de le poursuivre.

La montée est palpitante comme celle qui mène à tous les cols. Que verrai-je de l’autre côté ? Après un dernier effort nous voici en haut et nous mettons pied à terre pour laisser souffler nos hommes et nous reposer nous-mêmes en nous orientant. La crête sur laquelle nous sommes est celle de partage des eaux entre le Tanganyka (Océan Insien) et la Luaina, qui est elle-même un affluent du Lualaba (Congo) lequel se déverse dans l’Atlantique. C’est curieux de se dire que les petits ruisseaux que nous entendons murmurer à nos pieds vont tous grossir l’énorme fleuve dont le cours dans quelques mois, nous ramènera nous-mêmes à l’Océan.

Devant nous, grimpant les unes sur les autres nous avons une suite de côtes ridées comme de la marne mais sur lesquelles les récentes pluies ont mis comme un duvet de verdure, et je pense au pays d’Alsace ; dans le fond au loin une immense étendue plate comme la main donne d’ici l’impression d’un lac et attire nos regards ; ce sont les plaines du Manyéma qui se découvrent à nos yeux et nous font rêver, car elles recèlent toute la faune que nous sommes venus chercher en ces lieux. Nous avons hâte d’y aller tenter notre chance et vite nous redescendons la pente opposée. Nous avons mis quatre heures pour la montée, mais la descente se fait beaucoup plus rapide. Au col nous étions à 900 mètres d’altitude et en moins d’une demi-heure par un sentier de chèvre caillouteux et presque à pic nous avons dégringolé de près de 500 mètres ; inutile de dire que sur ce chemin scabreux nous avons renoncé à nos