Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/29

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verra ci-dessous ; elle n’a d’ailleurs rien de particulier à l’arménien et apparaît pour les articulations les plus variées dans des langues différentes ; les effets en sont particulièrement sensibles dans le cas des sonores, à cause de la faiblesse d’articulation de celles-ci. — Au contraire, après liquide ou sonante, c’est-à-dire après les continues, l’élément occlusif est toujours conservé, par suite d’une sorte de différenciation.

Labiale :

À l’initiale, i.-e. bh donne arm. b բ : berem բերեմ « je porte », cf. skr. bhárāmi, gr. φέρω (pherô), lat. ferō, got. baira ; à l’intérieur du mot, w (v) ւ (վ) entre deux voyelles, mais b բ après nasale ou liquide ; ainsi la désinence d’instrumental représentée en sanskrit par -bhiḥ (pour le pluriel), en grec par -φι (-phi) (pour le singulier et le pluriel) est en arménien -w (v) après voyelle, -b après n, r, ł : bani-w բանիւ « par la parole », ama-w ամաւ, « par l’année », k‘no-v քնով « par le sommeil », mais gaṙam-b գառամբ « par l’agneau », har-b հարբ « par le père ».

Dentale :

À l’initiale, i.-e. dh donne d դ. dnem դնեմ « je pose », impér. dir դիր, cf. skr. dhâ-(dádhāmi), gr. θη- (τίθημι). Le traitement intervocalique n’est attesté par aucun exemple sûr : un mot à redoublement comme dedewim գեգեւիմ « je suis branlant » en regard de skr. dodhavīti « il ébranle » ne prouve rien, car le d intérieur peut avoir été maintenu sous l’influence du d initial ; les exemples qui ont été proposés du traitement z զ de i.-e. dh entre voyelles (énumérés dans la Zeitschrift de Kuhn, XXXII, 37 et suiv.) sont incertains. On ne possède d’exemple sûr de -dh- intervocalique que devant -y- (§ 23).

Palatale :

À l’initiale, c’est arm. j ձ qui répond à skr. h, av. z, v. sl. z, lit. ž (et gr. χ (ch), lat. h, got. g) : jmeṙn ձմեռն « hiver » (de *jimeṙn), jiwn ձիւն « neige », cf. skr. héman « l’hiver » ; av. zyâ, génit. zimō « hiver », v. sl. zima, lit. žëmà, gr. χειρών (cheirôn), lat. hiems. — Entre voyelles, j perd son élément occlusif et devient z : dēz դէզ « monceau », dizanem դիզանեմ « j’entasse », cf. skr. deht « amas », av. (uz-)daēzō