Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843 - Tome 2.djvu/54

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quelquefois la dupe des intrigants et des fripons. Il ne connaissait ni les hommes, ni la société ; aussi a-t-on dit de lui, « qu’il avait fait le tour du monde et qu’il n’y était jamais entré. » Son voyage appartient entièrement aux expéditions militaires. Se bornant à remplir ses instructions, Anson n’eut jamais en vue la progrès de la géographie ; il traversa le grand Océan, entre les 10° et 20° de latitude nord, et ne s’arrêta pas un seul instant pour explorer ces mers inconnues. Les vues, cartes et plans, dont la relation de ce voyage est enrichie, méritent des éloges pour leur exactitude. On ne peut pas en dire autant de la plupart des descriptions. M. Robins, rédacteur de ce voyage, qui a paru sous le nom de M. Walter, chapelain d’Anson, a mis trop souvent son imagination à la place de la vérité. Qui croirait que, dans cette séduisante Tinian, dans cette île enchantée, le commodore Byron n’a trouvé depuis qu’un pays très-ordinaire, couvert d’insectes, et qu’un soleil brûlant rend presque inhabitable ? La relation du voyage d’Anson a paru en anglais sous ce titre : A Voyage round the world, in the years 1740 to 1745, by George lord Anson, compiled, from hs papers, by Richard Walter, in-4°, fig., Londres, 1746 ; réimprimé en 1776, gr. in-4°. Ce voyage a été traduit en français par Gua de Malves, Amsterdam, 1749, in-4°, fig. La réimpression de Lyon, 1756, 2 vol. in-4°, est préférable, en ce qu’elle renferme la relation des officiers du Wager, un des vaisseaux de l’escadre, échoué sur la côte orientale de la Patagonie. il y en a une édition en 5 vol. in-12, Paris, 1754. L. R-e.


ANSON (Pierre-Hubert), né à Paris (et non à Nemours) le 18 juin 1744, ne descendait pas de l’amiral Anson, quoi qu’on en ait dit : il était agrégé de la faculté de droit, lorsque d’Ormesson, intendant des finances, l’appela auprès de son fils, qui depuis a été contrôleur général. Anson fut successivement receveur général des finances du Dauphiné, membre du comité central des receveurs généraux, député à l’assemblée constituante, fermier, puis administrateur des postes. Il occupait cette dernière place lorsqu’il est mort, le 18 novembre 1810, ne laissant qu’un fils de son mariage avec mademoiselle de Beaumont, parente de l’archevêque de Paris. Pendant la terreur, il fut longtemps caché chez un des principaux membres de la société des jacobins, a qui il promit une pension qu’il a payée exactement depuis. Anson avait de grandes connaissances en finances et beaucoup de goût pour les lettres. On a de lui : 1° Anecdotes sur la famille le Fèvre, de la branche d’Ormesson, dans le Journal Encyclopédique de 1770 ; 2° deux Mémoires historiques sur les villes de Milly et de Nemours, dans les Nouvelles Recherches sur la France, 1766, 2 vol. in-12 ; 3° les Deux Seigneurs, ou l’Alchimiste, comédie en 2 actes et en vers, 1783, in-8°, ouvrage fait en société avec M. L. Th. Hérissant ; 4° Odes d’Anacréon, traduction nouvelle en vers, Paris, an 3 (1795), petit in-8°, encore moins estimée que les notes qui l’accompagnent ; 5° Lettres de milady Montagne, etc., trad. nouvelle, 1795, 2 vol. in-12 ; 1805. 2 vol. in-12 ; cette seconde édition est augmentée de la traduction française, par M. Germain Garnier, des poésies de milady Montagne ; le travail d’Anson a fait oublier les deux traductions que nous avions des lettres de cette femme célèbre ; 6" plusieurs discours ou rapports a l’assemblée constituante, et beaucoup de pièces de vers dans plusieurs recueils. C’est Anson qui a composé cette chanson si connue :

Dans les champs de la victoire,
Qu’un guerrier vole aux combats, etc.

A. B-t.


ANSPACH ET BAREUTH (le margrave Christian-Frédéric-Charles-Alexandre d’), duc de Prusse, comte de Sayn et marquis de Brandebourg, né le 21 février 1736, était fils de la duchesse de Bareuth on Bareith, sœur du grand Frédéric, et dont on a publié les Mémoires (voy. Bareuth), et neveu de la reine d’Angleterre, femme de George II, que les Anglais appelaient la bonne reine. L’éducation de ce prince fut dirigée par les meilleurs maîtres, et surtout par le conseiller Bobenhansen. Il reçut de Frédéric II, qui avait aimé sa mère par dessus tous ses autres parents, des témoignages d’un tendre intérêt, mais la conduite de son père envers la maison de Prusse, et particulièrement envers sa femme, étant devenue très-offensante, les rapports de famille furent moins affectueux et moins fréquents. Le margrave fit à cette époque (1754) tous ses efforts pour se lier avec la cour de Vienne, et c’est dans ce but qu’il contraignit son fils d’épouser une princesse de Saxe-Cobourg, douée de peu d’attraits, et qui, par un vice de conformation, ne pouvait lui faire espérer de postérité. Trois ans après ce mariage (3 août 1757), il succéda à son père dans la principauté d’Anspach. Déjà il avait fait plusieurs voyages en Italie, en France et surtout en Hollande. Ce fut pendant ces voyages qu’il acquit le goût et les connaissances dans les lettres et dans les arts qui le distinguèrent toute sa vie. Né avec des passions vives, d’un naturel inconstant, et marié contre sa volonté, il dut s’abandonner souvent à son penchant pour les femmes. Cependant ses maîtresses eurent peu d’influence sur les affaires de son gouvernement. En 1709, il réunit à ses états la principauté de Bareuth, après la mort de son cousin, le prince Frédéric, qui ne laissait point de postérité. Cette augmentation de puissance n’empêcha point le margrave de passer encore une grande partie de son temps à voyager. Il se rendit successivement en Italie, en France, en Angleterre, et partout il forma de nouvelles liaisons et contracta de nouvelles habitudes. À Paris, il prit du goût pour la fameuse comédienne Clairon, et la fit venir à Anspach, où elle passa dix-sept années au grand déplaisir des courtisans ; car, ainsi que le dit dans ses Mémoires cette actrice célèbre, il n’est si petite cour qui n’ait son Narcisse. Mais une femme d’un rang plus élevé prit ensuite sur le cœur du margrave un empire décisif : ce fut lady Craven. Cette Anglaise, aussi distinguée par son esprit que par sa beauté, avait rencontré plusieurs fois le prince dans ses voyages. Lorsqu’elle fut séparée de son premier mari, elle vint s’établir