Page:Michelet - OC, Histoire de France, t. 2.djvu/393

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d’Aragon et de Foix à Castelnaudary[1]. Malheureusement le roi d’Angleterre n’osait pas agir directement. Le roi d’Aragon était obligé de joindre toutes ses forces à celles des autres princes d’Espagne pour repousser la terrible invasion des Almohades qui s’avançaient au nombre de trois ou quatre cent mille. On sait avec quelle gloire les Espagnols forcèrent à las Navas de Tolosa les chaînes dont les musulmans avaient essayé de se fortifier. Cette victoire est une ère nouvelle pour l’Espagne ; elle n’a plus à défendre l’Europe contre l’Afrique ; la lutte des races et des religions est terminée (16 juillet 1212).

Les réclamations du roi d’Aragon en faveur de son beau-frère semblèrent alors avoir quelque poids. Le pape fut un instant ébranlé[2]. Le roi de France ne cacha point l’intérêt que lui inspirait Raymond. Mais le pape ayant été confirmé dans ses premières idées par ceux qui profitaient de la croisade, le roi d’Aragon sentit qu’il fallait recourir à la force et envoya défier Simon. Celui-ci, toujours humble et prudent autant que fort, fit demander d’abord au roi s’il était bien vrai qu’il l’eût défié, et en quoi, lui vassal fidèle de la couronne d’Aragon, il avait pu démériter de son suzerain. En même temps il se tenait prêt. Il avait peu de monde, et presque tout le peuple était pour ses adversaires ; mais les hommes de Montfort étaient des chevaliers pesamment armés et comme invulnérables, ou bien des mercenaires d’un courage éprouvé et qui

  1. Jean lui-même s’opposa formellement au siège de Marmande, et menaça d’attaquer les croisés.
  2. App. 115.