Page:Michelet - OC, Histoire de France, t. 2.djvu/394

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avaient vieilli dans cette guerre. Don Pedro avait force milices des villes, et quelques corps de cavalerie légère, habituée à voltiger comme les Maures. La différence morale des deux armées était plus forte encore. Ceux de Montfort étaient confessés, administrés, et avaient baisé les reliques. Pour don Pedro, tous les historiens, son fils lui-même, nous le représentent comme occupé de toute autre pensée.

Un prêtre vint dire au comte : « Vous avez bien peu de compagnons en comparaison de vos adversaires, parmi lesquels est le roi d’Aragon, fort habile et fort expérimenté dans la guerre, suivi de ses comtes et d’une armée nombreuse, et la partie ne serait pas égale pour si peu de monde contre le roi et une telle multitude. » À ces mots, le comte tira une lettre de sa bourse, et dit : « Lisez cette lettre. » Le prêtre y trouva que le roi d’Aragon saluait l’épouse d’un noble du diocèse de Toulouse, lui disant que c’était pour l’amour d’elle qu’il venait chasser les Français de sa terre, et d’autres douceurs encore. Le prêtre ayant lu, répondit : « Que voulez-vous donc dire par là ? — Ce que je veux dire ? reprit Montfort. Que Dieu m’aide autant que je crains peu un roi qui vient traverser les desseins de Dieu pour l’amour d’une femme. »

Quoi qu’il en soit de l’exactitude de ces circonstances, Montfort s’étant trouvé en présence des ennemis, à Muret près Toulouse, il feignit de vouloir éluder le combat, se détourna, puis, tombant sur eux de tout le poids de sa lourde cavalerie, ils les dispersa, et en tua, dit-on, plus de quinze mille ; il n’avait perdu