Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/256

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Tous n’avaient pas de fusils, mais ceux qui en eurent en prirent. Qui avait une fourche prit la fourche, et qui une faux, la faux.

Un phénomène eut lieu sur la terre de France. Elle parut changée tout à coup au passage de l’étranger. Elle devint un désert. Les grains disparurent, et comme si un tourbillon les eût emportés, ils s’en allèrent à l’Ouest. Il ne resta sur la route qu’une chose pour l’ennemi, les raisins verts, la maladie et la mort.

Le ciel était d’intelligence. Une pluie constante, infatigable, tombait sur les Prussiens, les mouillait à fond, les suivait fidèlement, leur préparait la voie. Ils trouvèrent déjà des boues en Lorraine ; vers Metz et Verdun, la terre commençait à se détremper ; et enfin la Champagne leur apparut une véritable fondrière, où le pied, enfonçant dans un profond mortier de craie, semblait partout pris au piège.

Les souffrances étaient à peu près les mêmes dans les deux armées. La pluie, et peu de subsistances, mauvais pain, mauvaise bière. Mais la différence était grande dans la disposition morale. Le Français chantait, et il avait du vin au cœur ; dans l’avoine ou le blé noir, il savourait joyeusement le pain de la liberté.

Ce hardi Gascon aussi[1], qui le menait au combat, avait dans l’œil et la parole une étincelle du Midi qui brillait dans ce temps sombre. Le regard de

  1. Gascon de caractère, Provençal d’origine, né en Picardie.