Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/483

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femme. En effet, Louvet appartenait aux Roland.

Rome, dont Madame Roland avait tant lu l’histoire, eût dû lui apprendre, à elle et à ses amis, l’importance de l’accusation, comme acte public. Les Romains savaient très bien qu’en ces choses l’effet décisif dépendait moins de l’éloquence que du caractère, de l’autorité de l’accusateur. Il fallait qu’avant de parler, lorsqu’il se présentait aux juges, sa gravité connue, visible en toute sa personne, en ses muets regards, accablât déjà l’accusé, que celui-ci, en présence du vénéré personnage qui le déférait à la justice, tînt pour un coup plus grave que tout arrêt des juges d’être accusé par la voix de Caton.

Ici, ce n’était pas Caton, c’était Louvet ! Et l’adresse ne suppléa pas au défaut de la personne. Louvet fut vif et violent, éloquent parfois, toujours vague. Le grand complot qu’il accusait, il dit que les preuves en étaient dans les mains des comités ; il ne les apporta pas. Tout ce qu’il articula nettement, c’est ce qu’on savait dès longtemps qu’au fatal jour du 2 septembre, quand les mots n’étaient plus des mots, mais des actes terribles, quand une parole faisait plus qu’un poignard, Robespierre avait, au sein de la Commune, désigné ses ennemis, les avait, autant qu’il était en lui, poignardés de sa parole.

Les avait-il nommés ou vaguement désignés, c’était toute la question. Le procès-verbal de la Commune (que nous avons sous les yeux) est bref ici, comme partout, il dit le discours en trois lignes ; la Convention ne pouvait pas y trouver plus de lumière