Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/232

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bénédiction, ce sont les libertés aimables dont y jouit l’enfance, ce sont ces fêtes d’enfants si douces au cœur, adorables. Entrant une fois dans Vevey, j’en vis une où des centaines d’enfants (de douze ans peut-être), des filles, des garçons pêle-mêle, avec de petits drapeaux, se promenaient par la ville en chantant, dans une sagesse, dans une liberté aussi, vraiment tout attendrissantes !

J’y voyais souvent sur les routes des petites pensions d’enfants que l’on faisait voyager. J’en rencontrai une au Splügen, une pension venue de loin, de Neuchâtel, ce me semble, qui avait traversé la Suisse. C’étaient des enfants fort jeunes, qui pourtant, sans trop de fatigue, s’en allaient ainsi à pied, chacun sous son léger bagage, faisant déjà l’apprentissage de la vie du voyageur, de ses petites aventures, heureux pour la première fois d’agir et d’être des hommes. Ils allaient, je ne dis pas sous un maître, mais avec un maître, qui gênait peu leur liberté. C’était un jeune homme sérieux qui me plut. Sa dame était avec lui, jeune aussi, agréable, attentive à tout, et qui, non sans quelque fatigue, suivait le cher petit troupeau, l’entourant et l’enveloppant de sa grâce maternelle (juillet 1867).

Rien de plus charmant, rien de plus touchant. De très bonne heure, le jeune Suisse, simplement et sobrement (quelle que puisse être sa fortune), parcourt dans tous les cantons sa belle et libre patrie, l’aime enfant, s’unit à elle de vie, d’habitude, de cœur, se lie à ses destinées.

Je crois cependant que pour ceux qui ne sont pas