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HÉROÏSME DE PITIÉ

Mme Legros persiste. Elle est accueillie des Condé, toujours mécontents et grondeurs ; accueillie du jeune duc d’Orléans, de sa sensible épouse, la fille du bon Penthièvre ; accueillie des philosophes, de M. le marquis de Condorcet, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, de Dupaty, de Villette, quasi gendre de Voltaire, etc., etc.

L’opinion va grondant ; le flot, le flot va montant. Necker avait chassé Sartines ; son ami et successeur Lenoir était tombé à son tour… La persévérance sera couronnée tout à l’heure. Latude s’obstine à vivre, et Mme Legros s’obstine à délivrer Latude.

L’homme de la reine, Breteuil, arrive en 83, qui voudrait la faire adorer. Il permet à l’Académie de donner le prix de vertu à Mme Legros, de la couronner… à la condition singulière qu’on ne motive pas la couronne.

Puis, 1784, on arrache à Louis XVI la délivrance de Latude[1]. Et quelques semaines après, étrange et bizarre ordonnance qui prescrit aux intendants de n’enfermer plus personne, à la requête des familles, que sur raison bien motivée, d’indiquer le temps précis de la détention demandée, etc. C’est-à-dire qu’on dévoilait la profondeur du monstrueux abîme d’arbitraire où l’on avait tenu la France. Elle en savait déjà beaucoup, mais le gouvernement en avouait davantage.

Mme Legros ne vit pas la destruction de la Bastille. Elle mourut peu avant. Mais ce n’en est pas moins

  1. Les lettres admirables de Latude sont encore inédites, sauf le peu qu’a cité Delort. Elles ne réfutent que trop la vaine polémique de 1787.