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MORT DE CHARLOTTE CORDAY

Le commissaire de police arriva, bientôt, à sept heures trois quarts, puis les administrateurs de police, Louvet et Marino, enfin les députés Maure, Chabot, Drouet et Legendre, accourus de la Convention pour voir le Monstre. Ils furent bien étonnés de trouver entre les soldats qui tenaient ses mains une belle jeune demoiselle, fort calme, qui répondait à tout avec fermeté et simplicité, sans timidité, sans emphase ; elle avouait même qu’elle eût échappé si elle eût pu. Telles sont les contradictions de la nature. Dans une adresse aux Français qu’elle avait écrite d’avance, et qu’elle avait sur elle, elle disait qu’elle voulait périr, pour que sa tête, portée dans Paris, servît de signe de ralliement aux amis des lois.

Autre contradiction. Elle dit et écrivit qu’elle espérait mourir inconnue. Et cependant on trouva sur elle son extrait de baptême et son passeport, qui devaient la faire reconnaître.

Les autres objets qu’on lui trouva faisaient connaître parfaitement toute sa tranquillité d’esprit ; c’étaient ceux qu’emporte une femme soigneuse, qui a des habitudes d’ordre. Outre sa clé et sa montre, son argent, elle avait un dé et du fil, pour réparer dans la prison le désordre assez probable qu’une arrestation violente pouvait faire dans ses habits.

Le trajet n’était pas long jusqu’à l’Abbaye, deux minutes à peine. Mais il était dangereux. La rue était pleine d’amis de Marat, des Cordeliers furieux, qui pleuraient, hurlaient qu’on leur livrât l’assassin. Charlotte avait prévu, accepté d’avance tous les genres de mort, excepté d’être déchirée. Elle faiblit