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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

dit-on, un instant, crut se trouver mal. On atteignit l’Abbaye.

Interrogée de nouveau, dans la nuit, par les membres du Comité de sûreté générale et par d’autres députés, elle montra non seulement de la fermeté, mais de l’enjouement. Legendre, tout gonflé de son importance, et se croyant tout naïvement digne du martyre, lui dit « N’était-ce pas vous qui étiez venue hier chez moi en habit de religieuse ? — Le citoyen se trompe ; dit-elle avec un sourire. Je n’estimais pas que sa vie ou sa mort importât au salut de la République. »

Chabot tenait toujours sa montre et ne s’en dessaisissait pas… « J’avais cru, dit-elle, que les capucins faisaient vœu de pauvreté. »

Le grand chagrin de Chabot et de ceux qui l’interrogèrent, c’était de ne trouver rien, ni sur elle, ni dans ses réponses, qui pût faire croire qu’elle était envoyée par les Girondins de Caen. Dans l’interrogatoire de nuit, cet imprudent Chabot soutint qu’elle avait encore un papier caché dans son sein, et, profitant lâchement de ce qu’elle avait les mains garrottées, il mettait la main sur elle ; il eût trouvé sans nul doute ce qui n’y était pas, le manifeste de la Gironde. Toute liée qu’elle était, elle le repoussa vivement ; elle se jeta en arrière avec tant de violence, que ses cordons en rompirent et qu’on put voir un moment ce chaste et héroïque sein. Tous furent attendris. On la délia pour qu’elle pût se rajuster. On lui permit aussi de rabattre ses manches et de mettre des gants sous ses chaînes.

Transférée, le 16 au matin, de l’Abbaye à la